La Chambre bleue – Mathieu Amalric

afficheRéputé inadaptable – Pialat et Chabrol y auraient renoncé – le roman La Chambre bleue de Georges Simenon n’a visiblement pas effrayé l’acteur et réalisateur Mathieu Amalric sollicité par le producteur Paolo Branco, alors qu’il travaillait lui-même sur une adaptation de Stendhal. , La Chambre bleue abrite les amours adultérines de Julien et sa maîtresse Esther dont on découvre, dès la première scène directement inspirée de Courbet, la passion des ébats, la détermination quelque peu inquiétante d’Esther – Stéphanie Cléau, qui participe également à  l’écriture du scénario, se révèle une actrice assez désastreuse – et la passivité soumise de Julien. On quitte rapidement le cadre feutré de la chambre pour assister à  des interrogatoires de policiers et d’un juge, nous laissant accroire que l’histoire s’est probablement mal passée. En entremêlant les réminiscences de la liaison entre Julien et Esther, dans un très habile montage dont la virtuosité est encore accentuée par l’asymétrie, certes répétitive, des cadres, le réalisateur de Tournée instille beaucoup d’étrangeté et de cérébralité dans son film, mais le dépossède du coup de toute incarnation – on a, par exemple, beaucoup de mal à  percevoir la passion supposée entre les deux amants. l’ensemble est brillant et intellectuellement jouissif, mais l’exercice de style, à  la limite du maniérisme et de la prétention engluée dans ses références à  Courbet et à  Matisse, tourne un peu à  vide. Tourné en moins de trois semaines, le film, d’un format resserré (76 minutes), semble souffrir d’un déséquilibre, tiraillé entre le motif elliptique et la tentation de l’abondance, qui culmine dans les séquences du procès.

Après l’avoir vu deux fois, même si je confesse que le deuxième essai fut davantage concluant, l’impression demeure mitigée. Outre que Mathieu Amalric y reprend en partie le type de composition déjà  développé dans le dernier film des frères Larrieu, une autre analogie s’est progressivement imposée à  mon esprit, : peut-être inconsciemment influencé par Roman Polanski pour lequel il a joué La Vénus à  la fourrure, il m’est apparu que l’acteur d’Arnaud Desplechin envisageait d’offrir à  sa nouvelle compagne un cadeau similaire à  celui que le réalisateur du Pianiste concocta pour l’actrice Emmanuelle Seigner – la singularité formelle ajoutant encore à  la confusion. Il tombe dès lors sous le sens de ressentir la même impression de vanité, sinon de vacuité.

Patrick Braganti

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La Chambre bleue
Thriller français de Mathieu Amalric
Sortie : 16 mai 2014
Durée : 01h16

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