Mermonte – Audiorama

mermonte-audioramaAvec Audiorama, grande oeuvre orchestrale intimiste, Mermonte confirme haut la main tout le bien que l’on pensait de lui. Ou plutôt d’eux.

Parmi toutes les bonnes idées issues d’Audiorama, la première n’est pas musicale. Chaque titre porte le nom d’un ami de Ghislain Fracapane, chacun d’entre aux ayant, à  sa manière, joué un rôle important dans l’aventure Mermonte. On n’en saura pas plus, est-ce que cela a été un encouragement à  un moment clef, le prêt d’un sofa ou la découverte fondatrice de Gastr Del Sol ou de Jim O’Rourke. Quoiqu’il en soit, Le Rennais monte en grade et décide d’entraîner dans ce sillage positif le plus de monde possible. On pourrait d’ailleurs résumer l’évolution de Mermonte, de son premier album à  ce troisième,,  par une simple formule : le Rennais est passé de l’individuel au collectif.

Qu’il est loin le temps où Ghislain Fracapane jouait de tous les instruments de son premier album. Ils sont désormais une vingtaine à  intervenir sur Audiorama, deux fois plus que sur le précédent album qui parquait déjà  une étape. Malgré tout son talent, y compris celui de jouer d’une multitude d’instruments,,  Le Rennais a dû s’y résoudre (sans doute avec plaisir et bonheur) : pour donner force et vie à  sa vision musicale, il lui fallait inviter pléthore de musiciens dans une déferlante musicale qui vous emporte. A écouter en Audiorama évidemment. Sur Karel Francapane ou Gaetan Heuzé,,  tout est rythme (même les violons s’y mettent), tout est harmonie (les percussions ne sont pas en reste) : c’est en avant toute ! Dans une charge héroîque éclairée par une lumière sidérante. L’intensité ne faiblit pas mais ne se révèle pas monolithique, les rythmes adoptent des structures asymétriques que l’on qualifiera de math-rock, les guitares se mettent en boucle, non sans voir d’abord fixés un thème mélodique marquant. Les instruments arrivent, se font et se défont dans un sacrifice de l’individuel pour un bonheur collectif.

Car elle est bien là , la force de Mermonte : s’inspirer de la musique répétitive de Steve Reich ou du post-rock de Godspeed ! You Black Emperor (cedric Achenza), même de Mogwai dans des guitares électriques appuyés (Cécile Arendarski), mais dans une concision exemplaire, de trouver toujours des mélodies célestes. Le côté pop de chambre (de Divine Comedy à  Michael Nyman) tirant la musique du côté du magique, y est pour beaucoup. Mais pas que…Fondues dans les instruments, les lignes de chant arrivent à  prendre des détours harmoniques subtils pour distiller musicalité et émotion, rappelant par moment les Québécois de Monogrenade (Fanny Giroud). Audiorama est joli (avec tout ce que ce terme peut avoir de noble) dans les détails et beaux dans son ensemble. A la fois intimiste et grandiose, faisant valser au passage la digue entre élitiste et fédérateur. Impossible de passer à  travers. Comme une mer qui monte à  la vitesse du galop.

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Denis Zorgniotti

Label / Distributeur : Clapping Music / la Baleine
Date de sortie : 27 mai 2014

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