One of us – Lifelines, My child

one of us - lifelinesA priori, je ne devais pas compter au rang des amateurs de One of us. Je me rappelle c’est ce que je me suis dit lors d’une première approche de la »scène » sudiste, l’an dernier »Je suis né trop tard dans les années 80 pour goûter aux santiags, aux vestes en jean élimées et au rock à  bandana« . Je cherchais à  l’époque, pour mon employeur, à  évoquer la musique de Marseille et plus globalement de toute la côte méditerranéenne, en évitant le poncif un peu trop éculé à  force d’être usé, de Marseille planète des quartiers nords et du rap.

Et voilà  qu’on m’a décrit le groupe emmené par Christophe Rodriguez comme »une bande de quarantenaires super influencés par les classiques du rock américain » j’ai dit »banco, let’s go, come on » en bon critique au redressement productif; mais intimement persuadé en mon for intérieur de rejoindre une de ces formations qu’on rencontre parfois le jour des fêtes de la musique, pleine de papa rockeurs sur le retour capables de reprendre à  la ligne et à  l’attitude près le blues de la première heure et jusqu’à  l’attitude des Scorpions. Avant de s’en retourner le lendemain reprendre leur place de prof principal dans un lycée de village. Avoue, toi aussi tu en as déjà  vu des groupes comme ça. Mais tu le devines déjà  toi lecteur, je suis »trotinen’culé » – comme pourrait sans doute le dire avec son accent chantant Fabrice Di Mondo batteur et manager du groupe sudiste- . Mais tant mieux au fond que mes préjugés; parce que des fois, une bonne claque me fait ravaler bien profond mes certitudes de citadin critique à  la manque pour les internets.

Il y a un putain de mojo chez One of us. Rien à  voir avec un groupe de fête de la musique, même si la clique a relativement l’âge d’être ton prof de math. Une bonne dynamique. Et je ne sais foutrement pas à  quoi ça tient. Je constate. C’est tout. One of us, c’est bath! Tout ce qui pourrait être chez eux un défaut pour critique peigne-cul acerbe: l’esthétique musicale hyper référencée rock MTV eighties, la voix du chanteur, les musiciens hyper virtuoses, le style classique, l’americana… One of us les retourne par les pieds, les accroche au mur et en fait une machine rock d’une efficacité indiscutable.

Il y a un an One of us nous présentait my child premier enfant discographique d’une bande qu’on découvrait riche déjà  d’expériences dans un large spectre musical, avant la rencontre au sein de ce nouveau groupe, de ce nouveau projet.

Alors oui, on m’avait effectivement bien décrit le premier essai: il soufflait sur my child, l’ombre amie du rock des années 80, le Boss en tête. Chris Isaak, Dire Straits, Simple Minds, The Levellers pas loin derrière; Neil Young, Lynyrd Skynyrd en retranchement paternel. Mais loin de la kermesse de village, One of us préférait déjà  en chiper l’atmosphère plutôt que les tics rythmiques et formels.

Du coup, si effectivement Christophe Rodriguez ne pouvait cacher une similitude vocale étonnante avec le Boss, autant en faire une arme. Et c’est bien le parti pris de One of us. Servi par une section basse, clavier, batterie, guitare, la petite troupe envoyait 14 titres d’une simplicité désarmante, riches de ces mélodies entêtantes comme effectivement on en retrouvait dans mes jeunes années, mais du côté des groupes que ma mémoire a retenu, ce qui est plutôt bon signe: soit un mélange de facilité rythmique, et d’une structure qui tourne aussi bien dans un stade que dans un pub enfumé à  l’heure de la fermeture, toutes guitare dehors, tous solos en bandoulières.

Le tout servi par des musiciens hors pairs qui ne négligeaient ni la technique ni parfois la virtuosité. Mais toujours au service d’une énergie globale sous-entendue, sans en faire des caisses ou tirer la couverture à  soi. Je me surprends encore un an plus tard à  siffloter le back in the bar comme ça au débotté, tant le titre a quelque chose de l’hymne de pub. Sans doute pas un hasard d’ailleurs si le même morceau seulement servi par une seule guitare sous l’oeil de la caméra continue de prendre l’auditeur par les sentiments.

My child n’avait en fait qu’un défaut qui ne tenait pas à  son classicisme ou à  son genre qui sans doute ne gagnera jamais l’honneur d’un revival par de jeunes boutonneux en manque de références tutélaires cycliques. My Child ne rendait pas sur disque, l’énergie qu’on découvrait sur la scène du cours Julien quelques heures après notre rencontre, en formation complète devant un public qui pour la plupart apprenait à  connaître le groupe. Ces mecs là  aiment jouer live, jouer ensemble, et ça se sent. C’est vraiment le moteur et le sens de l’énergie créatrice. Il y avait sur le cours Julien comme une ambiance de bar américain qu’on voit toujours dans les séries US, blindé de rednecks. Les Budweiser, les casquettes de truckers, les filles à  chemise à  carreau nouées sous le nombril, les tiags, et les indispensables billards… C’est à  tout ça que je pensais en regardant la prestation. Autant d’atmosphère que je peinais pourtant à  retrouver sur un album qui se concentrait sur son côté diablement mélodique.

Or voici que le groupe m’annonce la sortie d’un second essai. Lifelines, à  la rentrée. Ce qui saute à  l’oreille, immédiatement, c’est que le groupe y a musclé sa production. Lifelines est à  la fois plus »rempli » que son prédécesseur, mais aussi étrangement plus direct. Il y a »plus » sur ce disque. Plus d’arrangements, plus de mixage (la voix de Christophe n’est plus autant mise en avant que sur my child), plus de travail de chant aussi pour Rodriguez qui arrive à  faire oublier souvent, qu’il se trouve dans la même couleur que Springsteen dont on sent pourtant qu’il le vénère à  chaque titre. Plus d’instruments, de choeurs. On entend des cuivres, des choeurs, des violons….

Loin d’être déjà , comme on dit un peu »gêné » un album de la maturité (souvent synonyme de chiant), lifelines est certes plus produit, mais c’est comme si tout le travail de production avait été dirigé dans le seul but de rendre, sur disque, un peu de l’énergie du live, ce souffle qui passe de titre en titre et qui maintient à  la fois la tension et l’attention de l’auditeur. Lifelines est tendu au long des 12 titres qui s’avalent comme on se les prendrait dans un set au concert.

Alors oui, oui, on perd un peu en immédiateté pop; Lifelines gagne en énergie, ce qu’il perd un peu en immédiateté mélodique, mais étrangement ça nuit assez peu au plaisir d’écoute. J’avale les 12 titres, et je regrette que le disque ne soit pas livré avec une Mustang Shelby pour parcourir les grands espaces un coude sur la portière, bouffant du sable au son du Lifelines de l’autoradio, avec la certitude d’étancher sa soif dans le prochain patelin.

Avec one of us, on navigue dans un présent parallèle, une sorte d’uchronie. L’histoire d’un monde qui aurait toujours vénéré le rock dans sa plus simple acception, celui né du blues, de la folk et du boss, celui de Elvis, Dylan, des sixties ou des envolées de Knopfler ou du Magic Band du Captain Beefheart, sans jamais avoir fricoté avec les crossovers, la jouissance pop, ou les métissages électro.

Du rock de zicos, par des zicos virtuoses qui ont le bon goût d’aimer les choses simples mais fichtrement bien ficelées, finement ouvragées sans jamais en faire des tonnes. Du rock classique que j’aurais qualifié d' »à  la papa » il y a encore un an mais qui sans que j’explique autrement que par le bon feeling général, passe comme une madeleine pour mes oreilles en 2014. Une musique qui garde la méthode de aînés et se passe très bien des clichés datés. En fait One of Us est peut-être bien, avec Neil Young, Springsteen, un des seuls groupe de rock »classique » qui trouve grâce dans mon lecteur musical actuel. Le seul groupe français du genre, indubitablement. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup!

3_5

Denis Verloes

Tracklist

Lifelines tracklist

Label: Autoproduit
Date de sortie: rentrée 2014

 

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