La Route du Rock : Jour 2

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Cher Père Noël,

Je ne te remercierai jamais assez d’avoir avancer ta distribution des cadeaux au 15 août 2014. T’étais pas obligé tu sais hein. Enfin bon, t’as l’habitude de bosser les jours fériés tu,  me diras.
Toujours est-il que me faire trois cadeaux de cet acabit c’est absolument inespéré.

Commençons par la première claque : Protomartyr, groupe américain au look improbable et »so british » dans l’âme.,  Bon, je dois l’avouer, le premier choc fut visuel : chacun des membres a une particularité. Le guitariste ressemble furieusement à  un croisement effrayant entre Jonah Hill et Daniel Johnston, le bassiste semble tout droit sorti d’un groupe de hard-rock suédois (qui a dit Europe ?), le batteur ressemble à  s’y méprendre à  Damian Lewis (je le soupçonne de s’être mis à  la batterie une fois la série »Homeland » terminée), et le chanteur à  un mix improbable de Mark E. Smith et Tony Clifton. En gros, un frigo aurait plus de charisme. Sauf que quand la machine se met en route, le groupe improbable au charisme de moule (adaptons-nous à  la région), plus proche des prolos anglais que d’un groupe de musiciens,,  dévaste tout sur son passage. Leur rock, entre le post-punk et le garage devient un rouleau-compresseur, le guitariste, oscillant dans son attitude entre le psychopathe et le dément, fait corps avec son instrument et surtout, fait atrocement peur, au point qu’on se demande s’ils le sortent uniquement de l’HP pour les concerts. Le chanteur, quant à  lui, regarde ses musiciens d’un air totalement impassible, mains dans le dos, semblant plus s’intéresser à  sa bière qu’au public. Malgré ça, leur set fut remarquable de tension, d’intensité et quelque peu frustrant car le groupe ne voulant pas dépasser les deux minutes trente autorisées pour ce genre d’exercice, coupant de façon abrupte certains morceaux qu’on aurait bien aimé voir développer un peu plus.

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La seconde claque ensuite fut le retour (en grâce) de Slowdive. Le groupe, magicien à  ses heures, semble maîtriser le concept de faille spatio-temporelle avec l’option arrêt du temps et retour aux années 90. Bon, évidemment, pour apprécier au maximum ce set, il faut les avoir connus durant ces années-là … n’empêche,,  le temps ne semble pas avoir de prise sur ce groupe, Rachel Goswell n’a pas changé d’un iota, sa voix, intacte, évoque toujours celle de Liz Frazer, Neil Halstead ressemble toujours à  un vieil ours mal léché et leurs compos, entre dream pop et rock, n’a pas pris une ride. La setlist du groupe privilégie surtout les deux premiers albums et le concert se révèle être quasi magique, d’une beauté impalpable. Pour vous dire à  quel point c’était magique, pendant le concert le public s’est vidé d’un coup et tous les quarantenaires sont redevenus des teenagers fringants et acnéiques. Magique je vous dis !

Et enfin, last but not least, le poing dans la gueule, le KO technique, le coma idéal fut le concert de Portishead. Là , pour tout dire, les mots me manquent presque. Après les frissons provoqués par Slowdive quelques minutes avant, le concept broyage de tripes et hypersudation des globes oculaires a atteint son climax avec le groupe de Brighton. Dire qu’ils étaient attendus au tournant est un doux euphémisme. 14.000 spectateurs ( concerts complets, faut-il le rappeler) étaient là  avec nombre cageots de fruits pourris pour leur témoigner leur affliction au cas où. Bon j’exagère un peu (les cageots ont été confisqués à  l’entrée et réutilisés pour le lendemain) mais à  chaque spectateurs questionnés, la réponse fut la suivante : »on vient pour Portishead »

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Et Portishead a répondu à  toutes leurs attentes et même au-delà . Pour commencer le quatuor ne se laisse pas filmer et utilise les écrans mis à  dispositions pour leurs visuels, magnifiques au demeurant. Le groupe, carré et bien rôdé, assure le show comme il se doit, privilégiant »Dummy » et »Third » à « Portishead » (deux morceaux seulement pour ce dernier) et il nous a gratifié aussi d’un inédit (mix entre Cluster et Depeche Mode, nouvelle orientation de prochain album ?). Le son est propre, net, puissant, les relectures des morceaux fidèles mais laissant tout de même la place à  l’improvisation. Et alors ? Ce qui fait vraiment la différence, c’est Beth Gibbons et l’osmose palpable qu’il y a entre elle et son groupe. Elle arrive sur scène fringuée comme un sac, jean crade et sweat à  capuche, zéro glamour, s’empare du micro et commence à  chanter. Cette femme porte tous les maux du monde sur ses épaules et chante comme si sa vie en dépendait. Tout au long du concert, pas de sourires, un visage grave, douloureux, aucun remerciement, rien.,  Sauf qu’ici on s’en fout, ici rien n’est calculé, rien ne ressemble de près ou de loin à  une posture, Gibbons vit ce qu’elle chante, expose ses tripes, comme,  ses modèles Bessie Smith ou encore,  Billie Holiday dont elle semble plus proche que n’importe qui d’autre. L’émotion qu’elle dégage vous arrache quasiment un torrent de larmes à  chaque morceau (notamment la reprise sur l’os de »Wandering star » seule avec son bassiste, épaulée parfois par Adrian Utley, »Glory box » repris par le public ou le remarquable et intense »Thread »). C’est bien simple, à  la fin du concert, hébété, humide et déshydraté tellement l’hypersudation des yeux, il m’a fallu boire quelques litres de bière pour compenser la perte d’ions entraînée par ce concert sublime et intense. A la fin du dit concert, après un »Threads » grandiose, sublime (et oui il faut le dire), Gibbons se lâche, sourit à  son public, le remercie chaleureusement, part serrer des pognes dans la fosse puis revient pour le rappel. Fin véritable du concert et choc dont il m’a fallu une bonne heure pour m’en remettre.

Alors vois-tu, Père Noël, là  je crois que je ne te demanderais rien d’autre dans 4 mois, voire jusqu’à  la fin 2015. Et en plus, quatrième cadeau, le plus inespéré, tu as fait en sorte qu’il ne pleuve pas. Pour ça tu auras ma reconnaissance et ma gratitude éternelles. Bisous

PS : Il n’y a pas que Portishead, Protomartyr ou Slowdive à  avoir,  été excellents, Moderat l’a été également. Un poil moins mais très bon tout de même. Entre tribalisme, mysticisme et transe, techno et pop, le groupe Allemand a assuré le show derrière leurs trois synthés. Envoyant de l’infrabasse à  en faire trembler les murs ( un conseil : ne pas pisser lors de leur concert, risque de déviance de jet d’urine hors de la cuvette), mais également de la pop à  refrain le set tenait plus de la séance de vaudou que du concert proprement dit. Excellent

PS2 : par contre pour les Liars, t’aurais pu éviter »Santa » hein. Véritable pétard mouillé, laborieux, pénible, mou, leur concert manquait,  de folie malgré les gesticulations d’Angus Andrew. Il est à  noter que ce n’est seulement qu’à ,  quatre morceaux de la fin que le concert s’est enfin mis à  décoller (en somme dès qu’ils ont attaqué les morceaux de »wixiw ») montrant le potentiel de dangerosité et de folie du groupe et m’amenant à  regretter amèrement ce concert plus que frustrant.

Une dernière chose, pour ceusses qui ont lu le résumé du jour 1 : le jour 2 a mis à  mal ma théorie sur la relativité du nombre dans un groupe. le concert le moins intéressant fut réalisé par un trio. Je réfléchirai à  un autre concept mais plus tard. Suite demain pour le troisième jour.

Christophe Ciccoli à  la Route du Rock

La Route Du Rock 2014 : Le programme

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2 thoughts on “La Route du Rock : Jour 2

  1. Joli résumé.
    Mais petite précision, Portishead sont de Bristol et non Brighton :)

  2. rooohhhhhh la honte !!! m’en vais me flageller de ce pas en écoutant le nouvel album de Garou. La honte et l’opprobre sur moi, vraiment. On mettra ça sur le compte de la fatigue ( à peine 7h de sommeil en deux jours). Merci d’avoir relevé cette coquille en tous les cas.

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