Salomé Leclerc – 27 fois l’aurore

LeclercQuand est sorti le premier album de Salomé Leclerc, sous les arbres, je me souviens de mon air dubitatif, et des nombreuses réécoutes avant d’arriver à  me faire un avis tranché. Au final, je me rappelle avoir fini par le critiquer pour son caractère trop inoffensif.

Et voici que vient 27 fois l’aurore. Le second essai de la Québécoise affirme sa personnalité, mais explore plus de facettes musicales, et finit par balayer certains de mes griefs initiaux.

Sur ce nouvel album la Montréalaise de 27 ans, conserve sa signature, déjà  affirmée sur sous les arbres : il y a cette voix, dont je ne suis pas sûr qu’elle sache qu’elle lui confère un charme fou. Légèrement fêlée et capable de grondement tout rock, elle semble taillée pour la pop à  guitare, et ça tombe bien c’est justement l’écrin que Salomé Leclerc a choisi de lui donner.

Il y a aussi, comme dans le premier album, un travail de recherche sur l’écriture. Si Salomé Leclerc m’a signalé en interview travailler d’abord sur la musicalité des chansons et tardivement dans le processus créatif s’atteler aux textes, chacun des titres de 27 fois l’aurore se satisferait d’une déclamation a cappella. Les mots sont choisis, le vocabulaire narratif de ces petites auto fictions est réfléchi avec classe. Salomé Leclerc met en scène un double musical vivant dans sa chair les affres de l’amour, des relations qui se délitent et la vie qui creuse les cicatrices. C’est sûr, présenté comme ça tu vas encore lecteur me lever le carton »Obispo« … Et pourtant tu te tromperais. Car il y a dans les choix d’écriture de Salomé Leclerc,, une recherche de vocabulaire consistant à  éviter le trivial, l’habituel, le délavé; qu’on est en fait assez loin d’une écriture variété.

Non, le deuxième album de Salomé Leclerc, tout en simplicité á l’instar de son interprète , lorgne plutôt du côté du pop/rock ou mettons de l’électro pop. En complicité avec Philippe Brault qui l’accompagne en tournée, la Québécoise a abandonné la folk un peu décharnée pour une atmosphère plus riche oú les arrangements, inspirés d’électronique et de mélancolie, jouent les premiers rôles. Cet habillage des chansons est la clé qui m’ouvre les portes de l’univers de la chanteuse. Le fragile équilibre entre le très écrit et le trop écrit, est respecté. On a l’oreille qui parfois décroché du texte pour se laisser porter par une humeur, comme on le ferait s’il s’agissait de pop rock anglo-saxonne. On se laisse emmener dans un univers, et pas uniquement dans une écriture. On ne prend pas gardé que parfois la »mignoncité » du mot révèle un coeur encore très jeune. On embarque, alors que le premier essai nous refoulait á l’entrée du verger. Les deux acolytes sont parvenus à  créer une atmosphère mélancolique, étirée au fil des 11 titres, au gré aussi d’un son de guitare plus électrisée que par le passé.

27 fois l’aurore arrive à  rendre digeste et étonnamment attractif cette méthode de composition toute Leclerc-ienne qui très souvent s’affranchit de la structure couplet-refrain-couplet-pont-refrain, substituée par une narration presque déclamée. Et on se surprend avec plaisir á se rendre compte que la demoiselle joue plutôt bien de la six cordes. Une réussite.

Avec discrétion, simplicité et témoignant d’une grosse capacité de remise en question, Salomé Leclerc nous offre un album impressionniste, rebattant les cartes de son savoir faire et de son savoir conter. S’appuyant sur ses forces: la guitare, l’écriture, la voix, elle réussit à  élargir son univers plutôt que cultiver son pré carré. Je loue la force de caractère et je me laisse surprendre parfois.

 

Denis Verloes

3

Tracklist

Date de sortie: 13 octobre 2014

Label: , Tôt ou tard

 

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La critique de »sous les arbres »

Salomé Leclerc – Arlon from Audiogram on Vimeo.

 

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