Les découvertes de KIM : Le chant d Eliott de Vry

EliottDeVry

De temps en temps, KIM viendra faire part de ses coups de coeur et de ses découvertes sur Benzine. Pour sa première, le chanteur pop nous fait découvrir la voix incroyable d’Eliott de Vry.

Il y a quelques semaines, au Pop In, alors que j’y présentais l’open mic dominical, est arrivé un jeune homme discret, au physique proche de Martin Gore, une guitare en bandoulière et une bien curieuse voix. Suite à  un souci technique mystérieux, sa guitare ne passait pas dans les amplifications du lieu. Ainsi sur scène, on lui tendit un micro à  placer devant sa guitare, en plus de celui prévu pour son chant. Opération délicate puisque cette prise de son génère le plus souvent des larsens que du confort auditif ; et que le dimanche soir au bout de 10 passages de chanteurs et chanteuses à  la guitare en bois, on peut dire que l’écoute devient de plus en plus faible et l’envie de raconter sa semaine à  son voisin de plus en plus puissante. Les gens causent, et le Martin Gore s’apprête à  jouer essentiellement en mini arpèges quasi inaudibles. Dans ce genre de cas, je dois demander au public de forcer son attention. Mais à  cet instant, pas besoin. Le charisme est une chose bien mystérieuse puisque le jeune homme suscite déjà  de l’attention. Il n’a pas spécialement de look étrange et joue d’un instrument que tout le monde connait bien, mais il intrigue. Je le présente tout de même au micro: »Elliott, applaudissements ».
Silence total. Elliott chante. Tout le monde écoute. La salle est submergée par cette voix. A cet instant, je me demande, et je ne suis pas le seul, depuis combien de temps je n’avais pas entendu un chant si profond, une voix si claire avec des graves rares et mystérieux, des virages soul à  peine perceptibles, des montées pop, des vibratos mélancoliques, des accents intrigants, une diction sans racines et le tout venant d’un individu si discret.
Ce qu’il chante, sa chanson, nous ne l’écoutons pas vraiment. Nous sommes entièrement captivés par sa voix. C’est bien elle que nous écoutons. Pas le titre. Il parait que c’est une reprise. L’interprétation est tellement puissante qu’on oublie même de se demander qui a pu écrire ou chanter cette chanson avant lui, et on s’en fout pas mal. La musique a cette force spéciale quand elle est bonne: celle de suspendre l’horloge et de transformer le temps en une chose sans forme définie. Est ce que nous sommes en 1968? En 2005 ? En 2015, ou bien en 2050, en train d’expliquer à  de jeunes gens qu’un jour Elliott chantait ici même? Le public tente de trouver des repères? Est-il Paul Simon ? Est-il Jimmy Somerville ? Au bout d’une minute, ces questions sont balayées par une seule autre : quand chantera t-il à  nouveau?
Il est revenu à  ce rendez vous du Pop In, chanter une chanson originale. Je ne sais toujours pas qui il est, quand il joue, ni ce qu’il est venu faire dans ce circuit folk. J’ai depuis découvert ses vidéos sur YouTube.,  Alors je me permets, modestement, de partager Elliott De Vry, qui est pour moi, une des plus belles voix que j’ai pu entendre depuis des années.

KIM – février 2015

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