Chroniques Express 119

Sleater-Kinney

Moongaî / Bernard Lavilliers / Sleater Kinney / Quadrupède / Jenny in cage / DaYTona / Jullian Angel / Senbeî / Parra For Cuva / Adain Baker / Maxence Cyrin

moongai-cosmofamilleMoongaî – , Cosmofamille

Ils pratiquent une pop en français, quelque part entre Kate Bush et Emilie Simon, avec une voix un peu trop claire à  mon goût pour remporter réellement mon adhésion. Pourtant, ils ne sont pas si nombreux les groupes français à  supporter haut et fort les couleurs de la francophonie, en des histoires presque gothiques. Ou plutôt baroque et mystique, puisque le terme gothique a acquis une imagerie propre en histoire de la musique contemporaine. Il ne manque guère au duo qu’un tube imparable pour gagner ses lettres de noblesse et l’adhésion du public indé qui les a découvert en invités de la tourné de C2C , en 2013/2014. Et pour moi, peut-être qu’Eva arrive à  sortir, parfois, de ce mode de chant haut perché qui fait la signature du groupe mais aussi ma limite de résistance. (3.0) Denis Verloes
Autoproduit – Octobre 2013

lavilliers-baron-samediBernard Lavilliers – , Baron Samedi

Qui aurait parié qu’un album de Lavilliers vienne et revienne régulièrement hanter ma platine une année durant? , Porté par Scorpion, qui a pas mal été mis en avant par France Inter à  l’époque, l’album est un pur plaisir d’écoute simple, comme une madeleine sonore, remise aux saveurs du moment. Un petit morceau de classique français, ciselé, efficace, qui rappelle que l’auteur est le maître quand il s’agit d’inviter au voyage (et pas uniquement parce qu’avec sa tête burinée, Lavilliers est cet éternel marin façon Corto Maltese). On navigue de la rade des ports atlantique aux ports des îles accompagnés par des arrangements de cuivres, amples, et des paroles révoltées mais propres, servies par la production Barclay aux petits oignons quand il s’agit de soigner ses poulains de toujours. Indatable, Inusable. (3.0) Denis Verloes
Barclay / Universal – 2013

sleater-kinney-start-togetherSleater Kinney – Start together

L’air de rien ça va bientôt faire vingt ans que le groupe , Sleater Kinney se ballade de temps à  autres dans mon lecteur audio. 19 ans et huit albums, puisque le groupe vient de revenir en janvier 2015 avec un no cities to love marquant la fin d’une période de silence de plus de 10 ans. En octobre dernier le plus féminin des groupes punks des mis 90’s encore en activité remasterisait sa discographie et la sortait en une box copieuse intitulée start together. L’occasion de se replonger dans l’excitation vindicative rrrrriottt girrrrrrls mais aussi dans quelques unes des vraies pépites punk rock lo fi que le groupe a distillées au creux d’une discographie manquant parfois justement de plus de ces temps forts. A la réécoute on regrette presque que le groupe ne sorte pas en »best of » le cd de »rappel » envoyé à  la presse (accompagné du nouveau single extrait du nouvel album); tant y est concentrée toute l’énergie du groupe et sa capacité, trop épisodique à  mon goût, à  fourbir la punk-rock sont parfaite: jouissive, intense, bouge-fessier. (3.5) Denis Verloes
Sub pop / Pias – 2014

quadrupede_cover_BQuadrupède – Togoban

Comme chacun sait, un quadupède est un mammifère à  quatre pattes. Celui-ci nous vient du Mans et comme il se doit, il est composé de deux musiciens, Lemien Dacoq et Smaseph Jolley (ça fait bien quatre jambes). Mais ce duo instrumental fait surtout reposer sa musique sur 4 piliers musicaux : Quadupède est donc un peu post, un peu math, un peu noise, un peu électronica. Une association puissante qui fait la part belle au couple guitare / batterie (le côté post-rock) mais qui maltraite aussi volontiers ces mélodies par des claviers qui s’emballent et une rythmique de psychopathe. Mi machine infernale et bruyante, mi coeur rêveur cherchant l’harmonie (Astro, Childhood), Quadupède fait de la musique comme on descend un toboggan sinueux et les yeux bandés. On pourra penser à  M83 ou à  la rencontre de Four Tet et de Mogwai. De quoi impressionner l’auditeur. (4.0) Denis Zorgniotti
Black basset records / CD1D – Décembre 2014
Bandcamp

jenny-in-cage-the-perfect-side-of-nonsense_imagelargeJenny in cage – The perfect sense of Nonsense

Comme un parfum de poudre venu tout droit des années 90. Les parisiens de Jenny in cage en ont sous la pédale (de distorsion) et aime le rock puissant et mélodique. Pour un peu, on croirait retrouver le grunge d’Alice In Chains ou le rock indé survitaminé d’Addict, comète éphémère de la période. Jenny in Cage a mis tous les atouts de son côté pour aboutir à  un disque efficace. Une production au cordeau de Frédéric Duquesne (Brigitte, Bukowski, Mass Hysteria) et comme dans un groupe de vieux briscard, le leader et guitariste du groupe, Pascal Giudicelli a opéré un changement total de line-up après le premier album. Il faudra quand même passer outre sur quelques plans téléphonés (on est plus dans la grosse cavalerie que dans la finesse) et quelques tics vocaux (encore plus flagrant dans les moments calmes ou les envolées lyriques) pour profiter de la musique. Mais bon, on ne va non plus bouder le plaisir d’un disque rentre-dedans et maîtrisé qui ferait les beaux jours de Oui FM. (3.0) Denis Zorgniotti
Autoproduction – Décembre 2014

DaYTona-Morceaux-de-Lune-600x585DaYTona – Morceaux de lune EP

Dire que DayTona n’a pas le succès qu’il mérite relève de l’évidence. Cousin lyonnais de Kaolin, le quatuor a toujours fait le choix du français, alliant exigence mélodique et amours des guitares électriques. Un groupe à  fort potentiel populaire mais gardant un esprit revêche : à  titre d’exemple, le single morceau de lune ne manque pas de souffle mais il caresse autant qu’il griffe. Le clair et le brouillé. La force et la douceur (y compris dans la voix de son chanteur). Le round d’observation et la déflagration, le tout au sein d’une même musique. DaYTona sait aussi créer des atmosphères d’obédience post-rock qui font mouche (ce soir-là ) Après la parenthèse en 2010, les Lyonnais reviennent avec un EP, modeste quant à  sa durée mais riche de tout le savoir-faire acquis depuis une dizaine d’année par le groupe. (3.5) Denis Zorgniotti
Surfer Rosa – décembre 2014

jullian-angelJullian Angel – Bittersweet lines from a pocket flyer, Soundtrack for a reading

En marge de sa carrière de songwriter, Jullian Angel vient de faire paraitre un recueil-album de poèmes écrits en anglais accompagné d’un album instrumental voulu comme une bande-son proposée au lecteur. Le tout est présenté sous la forme d’un livre-CD au format rigide, édité à  150 exemplaires comprenant 32 poèmes accompagnés de 11 morceaux. Histoire d’avoir un aperçu de la partie sonore du projet, l’artiste a mis en ligne sur son bandcamp les morceaux qui accompagnent les textes. A l’écoute de ce Bittersweet lines from a pocket flyer / Soundtrack for a reading on peut déjà  s’avancer un peu en disant dire que le résultat est assez admirable de par la qualité qui ressort de cet album.
Jullian Angel délivre ainsi onze titres entre post-rock et ambient music (on pense par moment à  Labradford) pour autant d’invitations au voyage et à  la rêverie, avec des constructions très pures, très belles, entre guitares, fields recordings et sonorités électroniques. Un très beau moment. [4.5] Benoit Richard
bandcamp – février 2015

senbeiSenbeî – Army of Me EP

Beatmaker, producteur hip hop, Senbeî est de retour le 23 février avec nouvel EP.
Après trois albums, Trouble Toys (2008), The Kid (2010) et Micrology (2013) sortis chez Banzaî Lab, celui qui doit son nom à  une galette de riz japonaise revient avec de nouveaux sons, des boucles, des breakbeats biens lourds et des samples en tout genre pour nous offrir une nouvelle déclinaison de son savoir-faire en matière de gros son hip hop. Au programme, 5 titres qui partent dans différentes directions, avec des influences électro, indiennes, dubstep… C.’est bon, c’est chaud c’est Senbeî ! [3.0] Benoit Richard
Banzaî Lab – février 2015

Cover-Maxence-Cyrin-NocturnesMaxence Cyrin – Nocturnes (Solo Piano)

On restait sur une très belle impression avec The Fantasist, la bande-son d’un film qui n’existe pas, imaginée par le pianiste Maxence Cyrin et dans laquelle venaient se bousculer de grands noms de la musque de films d’hier et d’aujourd’hui tels que Burt Bacharach, Michel Legrand, Francis Lai ou Français de Roubaix
Avec Nocturnes, Maxence Cyrin revient à  des choses plus classiques, plus exactement à  un solo piano en hommage à  Paris. A travers un voyage nocturne et musical très beau, porté par des arpèges gracieux, l’auteur de Modern Rhapsodies et de Novö Piano montre qu’il est décidément à  l’aise dans tous les styles. [4.0] Benoit Richard
Evidence – février 2015

Parra For Cuva - MajoureParra For Cuva – Majouré

Tout juste âge de 20 ans, l’Allemand Parra For Cuva, ancien étudiant en design à  Berlin et auteur notamment d’une reprise très remarqué du Wicked Games de Chris Isaak en 2014, est déjà  passé maitre en matière d’électronica/downtempo soyeuse, le genre qui nous ramène tout droit aux belles heures du trip-hop lounge des label Eighteenth Street Lounge ou Basic Instinct, véritables orfèvres en matière à  l’aube des années 2000.
Car, comme chez Mo’Horizons, Boozoo Bajou et autre Moodorama, il y a quelques années, et aujourd’hui dans pas mal de productions Ghostly international, tout n’est ici, que douceur luxe et volupté avec des titres feutrés, faisant la part belle aux sonorités éthérées et aux beats ralentis. Sans le moindre effort, on entrera dans cet album débordant de sensualité pour prés d’une heure de confort absolu. [4.0] Benoit Richard
Lenient Tales – janvier 2015

aidan-bakerAidan Baker – The Sea Swells A Bit

Sorti en catimini en 2006 sur le petit label A Silent Place, l’album The Sea Swells A Bit du producteur canadien exilé à  Berlin Aidan Baker connait une seconde vie mais surtout une première au format vinyle grâce à  la toute nouvelle collection Mind Travels, du label Ici d’ailleurs. Bien connu des amateurs d’ambient/drone/post-rock, au même titre que l’allemand Tim Hecker avec lequel il a collaboré, Aidan Baker est l’auteur depuis le début des années 2000 d’une discographie pléthorique sur laquelle on trouve donc ce The Sea Swells A Bit, un disque composé de 4 titres d’une durée allant de 15 à  20 minutes chacun. Autant dire qu’il faut perdre son temps pour entrer dans la musique du canadien, pour mieux ensuite se laisser bercer par les nappes calmes et profondes qui s’y développent. Point de beats ici, juste une musique faite,  des nappes de guitares brumeuses, des boucles lancinantes qui viendront s’imprimer en douceur dans votre cerveau. Calme et plénitude garantis. [4.0] Benoit Richard

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