Fauve ≠ – Vieux frères (partie 2)

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En appelant son album Vieux Frères partie 2 consécutivement àune partie 1 apparue il y a une petite année, les fripons masqués du rock en France arrivent àbraquer le critique musical qui, comme chacun sait, est une personne qui a besoin de repères.

fauve-vieux-freres-partie-2Parce que c’est vrai quoi il y a des règles tacites dans le rock and roll et dans le discours autour de ce genre musical, faut pas déconner les gars. Depuis des générations et des générations de perfectos, il est de bon ton, pour un chroniqueur musical, de parler de l’écueil du second album, celui qui confirme ou infirme le talent d’un groupe sur lequel les jeunes foufous d’auditeurs ont misé des kopecks, ont acheté des t-shirts, ont trouvé dans un souk quelconque un enregistrement live bootleggé enregistré sous le manteau. Enfin, tout le monde sait ça, le second album, le nombre d’or, le morceau de suite Fibonacci, la règle immuable par la toison de saint Kurt. Le deuxième album a quelque chose de sacré quoi merde, on ne remet pas comme ça en cause les règles du métier dans lequel on joue. Un groupe rock c’est une découverte par Alan Mc Gee, une signature chez Subpop ou Creation, un rachat par une major, beaucoup de bières et de drogues, suivi d’un second album sur lequel on définit la jauge de réussite: « comme on pouvait s’y attendre entre drogue et signature chez Sony le groupe a perdu le mojo » ou au contraire « malgré la signature chez une major qui laisse au groupe toute latitude créative, ce second album replace le groupe au centre dur rock« .

Alors bon, passe encore que le critique ne puisse se raccrocher àaucun directeur artistique, ou aucune esthétique de label pour guider sa plume, cons d’auto produits, voilàque les « autres masqués » de la musique française nous gratifient d’un second album qui se présente comme la suite du premier. Une partie deux déroutante dont on ne sait s’il s’agit d’un vrai second album, vu le délais entre les deux sorties, ou simplement le second disque d’un double album démantibulé. Ah, je vous demande…

Si on prend comme postulat qu’il s’agit d’un véritable second album, on ne peut que constater que ce nouvel essai ne change pas grand chose àla donne Fauve ≠. On navigue en terrain balisé. Toujours ce cross over entre le slam, le rap et le rock indé français fragrance ’90. Toujours ces histoires de citadins adulescents perdus quelque part entre l’envie d’exagérer toujours et la machine de l’habitude qui noie les personnes raisonnables. Les vieux. Si on imagine qu’il s’agit d’un réel second disque on se rend compte aussi que moins encore que sur partie 1, Fauve ≠ ne cherche àaccrocher la mélodie qu’on retient, qui raccroche l’ensemble, même de loin, aux schémas de la pop qui se fredonne.

Du coup je me surprend àécouter plus que sur Partie 1 les arrangements parfois électroniques, parfois électrifiés dont les Parisiens jalonnent 2. Malgré les critiques, malgré les quolibets, Fauve ≠ est un vrai groupe d’ambiance, d’atmosphère. Pas qu’un truc pour ados parisiens, proto-arty. J’aime bien. Hé ouais j’assume. Il y aurait une étude générationnelle d’ailleurs àfaire pour définir si les plus virulents anti Fauve ≠ ne sont pas aussi ceux qui on dépassé la trentaine et calibré leurs goûts musicaux, parce qu’objectivement musicalement parlant, ce nouvel album est loin d’être mal foutu. Qu’on arrive ou non àpasser par dessus les paroles.

J’ai envie de voir ce deuxième album comme le second disque d’un double album vendu à12 mois d’intervalle. Un poil plus sombre que le disque 1. Comme une autre palette de couleur pour définir la même ambiance. Comme un vrai faux négatif d’un disque initial àpeine plus solaire. Partie 2 c’est le disque bleu, le Infinite sadness de Fauve ≠, comme Smashing Pumpkins avait son Melon Collie. Plus blafard, plus cru des paroles aussi, plus intransigeant de la musicalité. Un peu. Moins de mélodies àmuser, plus de certitudes: juillet (1998), Sous les arcades,les hautes lumières, y font seules figures de singles potentiels, rassurant les fans.

Mais àsortir un double album a quelques mois d’intervalle, Fauve ≠ n’échappe pas àl’écueil de ses prédécesseurs a l’exercice. Sur cette deuxième galette, on perd évidemment beaucoup de la surprise du premier essai. Ne resteront que les conquis. Fauve ≠ reste seul et maître d’un genre oú lui seul est passé brûler l’herbe avant lui. En accumulant un second essai (vieux) frère mauvais jumeau de l’album initial, Fauve ≠ àdu en affirmer la formule. Il y a moins de « tubes  » évidents. Plus d’obligation àresserrer sa base. Tout ceci semble très calculé.

Vieux frères partie 2 prolonge le voyage entamé il y a une petite année. Haters Gonna Hate comme on dit. Les autres, comme moi, y verront une belle manière de prolonger le voyage dans un genre musical innovant, où on repère des traces d’expérimentations rock indé sauce diabologum, du rap, du slam, un goût pour les arrangements du post rock. Partie 2 réussi le pari d’être un vrai faux second disque qui se présente comme un jumeau maléfique de sa première partie. Moins riche en tubes, plus ciselé de l’atmosphère.

Je ne sais pas trop si je tiendrai comme ça encore trois albums, si le plaisir àrevenir sur un genre nouveau et balisé àla fois, sera intact pour la part 3 et part 4. Mais en attendant, je cueille les hautes lumières proposées par Fauve ≠. Parce qu’elles me conviennent. Parce que je ne suis pas encore tout àfait vieux.

Denis Verloes

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Tracklist

Label: Fauvecorp / Mis
Date de sortie:Mars 2015

Plus +
http://fauvecorp.com/

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https://twitter.com/fauvecorp

La critique de la partie 1

 

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