Chroniques Express 120

Laure Briard

C’est la revue express numéro 120 des albums, avec au programme : Laure Briard, Lourdes Rebels, Bikini Machine, Indolore, Hypercolor, Narco Terror, Monkypolis, After Snowfalls et Scuba.

laure-briard-revelationLaure Briard Révéléation
Parmi les jolies découvertes de ce printemps, il y a Laure Briard qui enchante avec un premier album « french pop » plein de charme.Avec ses chansons tour à tour légères, pétillantes ou mélancoliques  qui rappelleront forcément un peu les sucreries pop de Valérie Lemercier ou d’April March à la fin des années 90 sur Tricatel (label pour lequel elle a sorti un premier EP en 2013), Laure Briard, mise en avant récemment grâce aux compilations de La Souterraine avec le titre Révélation, arrive en cette fin mars avec un album beau comme une journée printemps sous une soleil pâle. Avec des textes ou il est souvent question d’amour et d’amitié et de musiques  psyché pop 60’s délicieuses jouées en compagnie de Julien Gasc et Eddy Crampes, Révélation est un très bel album de pop française à découvrir sur le label toulousain 2000 records. (3.5) Benoit Richard

lourdes-rebelsLourdes Rebels – Snuff Safari
A première vue, on a du mal à  croire que les deux membres qui composent Lourdes Rebels (Luigi Bonora et Rodolfo Villani) aient d’abord officié dans un groupe noise. IL faut dire que Snuff Safari début sur une basse flottante perdue dans un no-man’s land sidéral (un instrumental qui semble sorti d’une chute de Cure période Faith). La suite se révèle tout bonnement électronique, faisant néanmoins la part belle à  une collection de samples ethniques. Mais à  l’image de la pochette et du titre même de l’album (faisant référence aux snuff movies) la musique des deux Italiens est authentiquement dangereuse. Exotisme tordu, atmosphère vrillée, trip moite dans une forêt vierge sous l’influence de psychotrope, la musique de Lourdes Rebels peut vous amener à  avoir des visions de grands fauves vous sautant à  la gorge. D’ailleurs est-ce un feulement de tigre que j’entends derrière l’agrégat sonore (percussion étouffée- électronique acqueuse) de Apuro Liquido ? (3.5) Denis Zorgniotti
Aagoo records – Février 2015

bikini-machine-bangBikini Machine – Bang on time !

Parler du nouvel album de Bikini Machine avec quelques mois de retard n’a finalement pas beaucoup d’importance. Les Rennais creusent leur sillon en dehors des modes et pour la peine, ils ont bien quarante ans de retard (dans cette double obsession du rock anglais des années 60,  et du rythm ‘n blues tendance Tamla Motown, les deux tirés à  quatre épingles). D’un autre côté, on peut se dire que Bikini Machine a aussi quarante ans,  d’avance, car on écoutera leur musique avec autant de plaisir en …2050. Une bonne chanson reste une bonne chanson et quand les arrangements aux petits oignons (avec cet indispensable orgue hammond) et l’interprétation suivent, on prend un vrai plaisir. Comme le bon vin, le groupe se bonifie avec le temps et acquiert la classe d’un John Barry sur The Shade of my soul. Et en concert, le groupe donne une preuve physique quant au choix judicieux de son nom : une machine pour rocker mais furieusement sexy pour danser. Avec ou sans bikini. (3.5) Denis Zorgniotti
Yotanka / Differ-ant – Novembre 2014
Deezer

Indolore-Positive-Girls Indolore – positive girls

On connaissait déjà  Guillaume Simon comme chanteur /musicien de Shine, un des plus sérieux prétendants au titre de Morcheeba français. Sous le nom d’indolore, le parisien revient en solo dans un surprenant premier EP. Surprenant car loin de son groupe originel. Surprenant car révélant une facette de son talent jusque là  ignorée. Musique à  fleur de peau et dépouillée, la folk d’Indolore réduit à  l’essentiel l’émotion d’un songwriting folk éclatant de mélancolie (on pense à  Elliott Smith). Sur un rythme pourtant rapide, le titre positive Girls prend le temps de rêvasser en chemin. Le tout sans tapage et artifice et une sincérité sans pareille qui donne envie de retenir son souffle. Pour un peu, on retrouve chez Guillaume Simon un parcours proche de celui de Thomas Mery, parti lui d’un groupe au rock pêchu (et non d’une pop soul comme Shine) comme et aboutissant à  un même concentré d’émotion pure et passant ensuite de l’anglais au français. Simon franchit déjà  cette étape proposant d’ores et déjà  un titre en français avec toujours cette subtilité brillante derrière ce côté less is more (je rêve d’é). Le songwriter garde intact son talent pour la mélodie, harmonisant sans cesse sa voix en excellent suiveur d’America. Indolore peut-être,  mais pas sans effet sur l’âme. Bien au contraire. (4.0) Denis Zorgniotti
Autoproduit – septembre 2014
Bandcamp

hypercolorHypercolor – s/t

Le jazz-rock n’est pas un gros mot, quoique et avec Hypercolor signé sur le label de John Zorn, on se dit que ce trio de Brooklyn pourra amener un peu de folie et de chaos dans un genre qui oublie parfois la musique au profit de la démonstration (communément on appelle ça de la branlette). Certes, chez Hypercolor, la rythmique est balèze (parfois vertigineuse même), la guitare électrique ultra bavarde, avançant parfois un fil qui semble infini mais le groupe arrive à  offrir aussi des respirations (glowering). Il sait ouvrir sa musique à  diverses influences (à  la noise et même à  la musique africaine) et arrivent aussi bien à  envoyer une décharge punk (Palace) qu’à  déconstruire ses instrumentaux dans un esprit avant-rock. Plus proche de The Ex que d’Uzeb. Recommandable. (3.0) Denis Zorgniotti
Tzadik – janvier 2014
Bandcamp

CD-Narco-TerrorNarco Terror – EP

Projet bis pour les deux membres fondateurs de Narrow Terrence mais vraie tuerie rockNarco Terror est bigger than life, n’ayant pas peur de la caricature y compris dans son esthétique de comic book et film de série Z trash. Côté musique, le duo affiche tout de suite un plaisir démesuré pour le lourd : des guitares métalisées (entre grunge, hardcore et nu-métal), des voix gutturales (Lilah’s on fire), Narco Terror n’est pas là  pour adoucir les moeurs. Mais rapidement,  il  nuance et enrichit son propos  : sans perdre une once d’électricité, Narco Terror ajoute des contrepieds mélodiques à  sa fureur, dans ses choeurs ou sur une ligne de guitare (the most splendid). Il se moque des structures rigides et dans cette liberté généralisée évoque intensément Faith no More (Scagnetti, grand moment de l’EP). Une petite reprise de Bästard (travelgum), un remix de Vacarme de Lilah’s on fire, version quatuor à  cordes, et on se dit que Narco Terror est un fauve qui n’est pas prêt de se laisser mettre en cage. (3.5) Denis Zorgniotti
Sounds Like Yeah – Février 2015 Deezer

monkypolisMonkypolis – See me colour

Autant l’avouer,  j’y allais un peu à reculons.  Sur une méprise et le sentiment – hâtif – que ce groupe grenoblois voulait marcher sur les plates-bandes de  Skip the Use : il faut dire que ce deuxième album voulu conceptuel intègre pleinement un illustrateur nommé Oxyd Cygo pour un univers très BD.  Je voyais déjà une énergie débordante mais un peu vaine cachant mal des mélodies téléphonées. Et au final, See me colour est un bon disque de brit-pop, sans aucune esbroufe mêlant habilement impact d’aujourd’hui (une touche électro) avec quelques lubies anciennes – et largement bienvenues -, comme celle d’utiliser un piano tout droit sorti des années 70. Entre Paul Mc Cartney et PlaceboMonkypolis séduit par son évidence mélodique et termine son album par son meilleur titre : un Golden Glow àl’élégance impeccable. (3.0) Denis Zorgniotti
Autoprod / Musicast – Février 2015 Deezer

after-snowfallsAfter Snowfalls – Fading away EP

Que la production de Fading away soit top, n’est pas étonnant : Louis Arlette, leader de After Snowfalls a monté le studio le Bruit Blanc et a travaillé avec Air. Que du point de vue de l’interprétation, on sente maitrise et talent non plus. Tous les membres du groupe parisien ont de la bouteille. Et le reste suit : mélodiquement proche de Martin Gore (dès the solution en ouverture), After Snowfalls trouve le bon équilibre entre électronique et sonorités plus organiques (batterie ouatée, piano, contrebasse fiévreuse) et comme le songwriter anglais, nos Français laissent transparaître des trésors de mélancolie derrière les rythmiques. After Snowfalls arrive à se singulariser de Depeche Mode (plutôt période années 90) par une personnalité propre. Une sorte d’élégance britannique elle aussi (le coeur de After Snowfalls bat plus à Londres qu’à Paris) que l’on trouve chez David Bowie, Roxy Music, Perry Blake ou Cousteau.  La deuxième voix diaphane de Charlotte Ardelle fait merveille, et No Soul arrive à créer un lien beau et fragile entre new wave et jazz tropicaliste. Brillant (4.0) Denis Zorgniotti
Autoproduction – Janvier 2015
Soundcloud

prettiest-eyesPrettiest Eyes – Looks

Des Porto-ricains faisant du rock psychédélique. Non nous ne sommes pas en 1968 et Prettiest eyes n’est pas un ersatz de Os Mutantes. Patchy (batterie, voix), Marco (basse, voix)  et Pace (claviers) vivent bien en 2015 et ont déménagé à Los Angeles. Et leur rock psyché adopte un esprit garage, direct et brut de décoffrages. Du punch, du punk  sans guitares (parti pris original) mais une basse opiniâtre  et des claviers tonitruants plongeant le rock dans le bain déformant et dissonant du psychédélique. Pour un  peu on croirait entendre les premiers Pixies mis dans une machine à remonter le temps, des Doors encore plus sous acide ou des Stooges qui auraient virer psyché. Le tout avec une touche latine (et un titre sur 9 en espagnol). (3.5) Denis Zorgniotti
Aagoo records – Mars 2015
Bandcamp

scubaScuba – Claustrophobia

Paul Rose aka Scuba fait partie de ces artistes dont chaque nouvel album est un exercice de style aux prises de risques constantes. Affilié à ses débuts à la scène dubstep, il s’en est rapidement extrait pour élargir sa palette musicale et aborder d’autres genres tels que que la house ou la techno. Avec son nouvel opus Claustrophobia, inspiré de son passage au festival japonais Labyrinth, Scuba lance les hostilités dès les premières mesures de Levitation, nous immergeant sous une pluie de sonorités aux aspérités anxiogènes. Claustrophobia porte bien son nom, les ambiances déployées ici ne sont pas sans évoquer un dancefloor sombre aux lumières aveuglantes, plongée somptueuse vers des abîmes aux nappes sculptées dans un matériau métallique poli au laser. Alternant les directions intérieures à coups de perturbations technoïdes héritées de sa résidence au Berghaim, Scuba construit des titres climatiques aux progressions fulgurantes de virtuosité, appuyées par une production taillées dans le verre, déchargeant ses compositions sur les bas-cotés de contrées radioactives aux effluves recouvertes d’un manteau de neige, conjuguant au multiple les accélérations et les points de vue à 360° sur miradors ambient agrémentées de méticuleuses poussées acid, avec Black On Black en point culminant. (4.0) Roland Torres

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