Maux d’excuse : Les mots de l’hypocondrie – Patrice Delbourg et Gérard Pussey

Patrice Delbourg et Gérard Pussey sont de vieux amis qui n’auraient jamais dû le devenir, tant les maux qui les accablent sont mortels. Leur correspondance d’hypocondriaques est hilarante. Plus ils ont les foies et plus ils nous dilatent la rate.

Maux d'excuse Les mots de l'hypocondrie – Patrice Delbourg et Gérard PusseyIls ont un esprit chagrin dans un corps patraque. Ouvrard fait figure d’imposteur avec sa fameuse chanson “Je n’suis pas bien portant” face à nos compères, capables d’avoir le croupion qui se délite, des chevaux dans le crâne, voire l’épigastre spasmophile. Ces Roux et Combaluzier de la maladie connaissent plus de bas que de hauts. Une situation qui leur fait déplorer, la mort dans l’âme, l’extrême désinvolture d’un corps médical qui ne se fait pas de bile quand eux ont les jambes en pâté de foie.

Vaut-il mieux alors tenter les Urgences de Lariboisière ou de Cochin ? Tant d’angoissantes questions les assaillent. L’hypocondrie, c’est un job à temps plein. Il faut connaître toutes les affections – même les plus rares – qui vous mettent la rate au court-bouillon, pouvoir écrire “isopropylnoradrénalone” sans (dé)faillir, savoir à quoi peut servir un biomicroscope à fente lenticulaire, et être à l’écoute du moindre grincement de sa charpente, dont la négligence pourrait être fatale.
Les échanges sont enfiévrés dans ces courriers très déboutonnés, à corps et à coeur ouverts.
Comme le lecteur est sans pitié, plus la mort rôde et plus on rit de ces intimités qui se dévoilent.
“Les cours de flûte à bec dans la lavande sont derrière nous, les gênes urinaires devant”, constate Patrice.
Gérard nous livre une belle définition : “L’hypocondriaque est un résistant. Toujours sur le pied de guerre, prêt à ferrailler contre la maladie pour reculer l’échéance du néant. Assis au bord de la vie, pas vraiment attablé mais jamais d’accord pour rendre son rond de serviette, il sait que le bail précaire qu’il a signé avec la vie le place toujours au bord de l’expulsion.”
C’est là toute l’affaire : s’il faut être six pieds sous terre pour être enfin guéri, même la toux “aboyante” du croup (dont je viens de découvrir l’existence) a du bon. Et s’offrir une pinte de bon sang avec Delbourg-Pussey devrait adoucir leurs derniers jours.

Brigitte Tissot

Maux d’excuse (Les mots de l’hypocondrie)
Patrice Delbourg et Gérard Pussey
Éditions du Cherche-Midi
165 pages – 14,50 euros
Sortie : octobre 2014

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