C Duncan – Architect

C Duncan photo 2015

Surprise de la fin d’été, cet Architect signé C Duncan, jeune nouveau venu écossais, est déjà un des plus beaux albums pop de l’année. Voyage aérien entre pop de chambre et folk ambient, aux choeurs planants et arrangements de soie. Le génie anglais, tout simplement. Coup de cœur.

C Duncan pochette d'albumLa date de parution d’un disque importe peu,  certes, mais découvrir un si bel album au coeur de l’été n’est pas si fréquent et pour cause de derniers plaisirs estivaux ou préparatifs de rentrée, passer à coté de ce bel Architect serait bien dommageable.
Tout simplement parce que c’est l’un des plus beaux exemples de pop que vous entendrez cette année.
Un voyage en apesanteur en douze étapes aussi aériennes qu’épanouies, que l’on doit à un jeune écossais de 25 ans, C Duncan (« C » pour Christopher) qui, en bon adepte du Do it yourself a élaboré seul dans sa chambre de Glasgow, piste par piste, le délicat assemblage de ce premier album éblouissant.
Tissé avec la minutie d’un maître-artisan et la ténacité d’une abeille constructrice, Architect déroule la fluidité d’une musique céleste aux chœurs élaborés, entre pop de chambre et folk ambient, résonnant autant d’échos élisabéthains sans âge que du charme d’une pop-folk atmosphérique au lyrisme délicat. Le garçon étant lauréat d’un diplôme du Conservatoire Royal d’Écosse, force est de reconnaître que cela s’entend tant les canons de la plus pure musique classique irriguent ces quelques quarante minutes radieuses, aussi cérébrales que sensitives.
Science de la composition raffinée (Architect), limpidité mélodique (Say, Novices), art des chœurs éthérés entremêlés (sur chaque titre) : une étonnante musicalité jamais prise en défaut qui, couplée à une production subtile et moderne, le fait rejoindre d’un coup d’un seul, le peloton de tête d’une certaine tradition pop britannique d’exception, entre song writers sophistiqués et méticuleux laborantins sonores – lignée XTC, The Lilac Time et autres.
Avec cette séduisante pièce d’orfèvrerie sonore à la spiritualité recueillie, vigie aérienne postée dans le ciel écossais, menée de sa voix blanche distillée derrière un poétique filtre sonore, le jeune Chris Duncan se pose autant en brillant petit frère des trop peu reconnus David Bramwell d’Oddfellow’s Casino ou Marc Rigelsford de Magic Arm que brillant émule anglais de la virtuosité savante d’un Owen Pallett.
Ajoutons-y, derrière le voile introspectif typiquement anglais, une luminosité enjouée, une joie palpable (For et ses sifflements badins, He Believes In Miracles) empruntant parfois à l’art de la pop lounge façon Burt Bacharach et l’intelligence, à mi-parcours, avant de lasser, de changer et muscler très légèrement le ton en déplaçant le voyage d’Architect sur des terres plus pop psychés au parfum sixties (Here To There, Garden, By).
Et puis il se met à signer une des plus parfaites pièces de pop entendues cette année, la méditative et splendide Novices à la structure obsédante et choeurs de cathédrale beaux à tomber. Ou clôt son disque d’une touchante ritournelle nostalgique (I’ll Be Gone By Winter) qu’on croirait empruntée au répertoire old style de Cole Porter ou Rodgers & Hammerstein, dont l’émotion imprévue vous cueille sans prévenir.
Alors, on en est sûr : avec ce jeune artiste au talent éclatant, par ailleurs également créateur des pochettes de ses disques, en équilibre idéal entre musicalité intemporelle et luminosité pop, qui se reconnaît autant influencé par Ravel et Fauré que Grizzly Bear, non seulement la relève de la pop la plus exigeante est assurée mais on s’est fait un nouvel ami, écossais, pour la vie. Un « architecte » de la beauté.

Franck ROUSSELOT

C Duncan. Architect
Label : FatCat Records
À écouter depuis le : 17 juillet 2015
Sortie physique : le 25 septembre 

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