Gardens & Villa – Music For Dogs

Gardens And Villa photo

Devenus simple duo, les Gardens & Villa grandissent bien. Relecture de l’avant-garde du rock 70’s et pop catchy ironique s’y mêlent avec harmonie. Une sympathique « musique pour chiens » qui ne manque pas de mordant.

Gardens And Villa album 2015Rien de mieux qu’un disque qui, malgré son air de ne pas y toucher, s’incruste gentiment dans votre playlist du moment : de quoi plutôt se consoler de quelques déceptions glanées cet été (Tame Impala, Foals) ou à l’orée de l’actuelle rentrée (Aline, Beach House) [notez bien qu’à ce sujet, je ne parle qu’en mon nom].
Et qui confirme le bien qu’on pensait d’un groupe que certains rangent vite dans la catégorie « mineur » et « seconde division » et de son potentiel créatif en hausse notable.
Repérés à l’occasion d’une excellente reprise du Gypsy des Fletwood Mac et ensuite sur leur deuxième LP Dunes, séduisant et léger recueil de synth pop hédoniste, les Gardens & Villa redébarquent après un petit changement de line up et une relocalisation de Santa Barbara à Los Angeles. Resserrée autour du seul duo Chris Lynch-Adam Rasmussen, la musique des californiens s’est extraite d’un revival 80’s trop volatile et passe-partout pour explorer avec plus d’inventivité les chemins d’une certaine pop un peu déviante.
Élaboré sous la houlette du producteur Jacob Portrait, bassiste de Unknown Mortal Orchestra, le son des deux ostrogoths affiche ici un visage plus incarné, avec vrai batteur et guitares, délaissant un peu les ambiances new age et néo-synthétiques pour une réappropriation du langage musical et la vision du rock underground des seventies, manière d’exprimer leur inquiétude amusée face aux (dés)illusions du monde moderne.
Everybody wants the new you / No one cares who you are” vocalise ironiquement au son d’un piano martelé avec frénésie le refrain du single Everybody quand celui du très réussi Fixations (My whole life / Fixation / See if we can make it underneath the radar) revisite la folie déviante des Sparks et que celui du plutôt barré Maximum Results  se mue en hystérie stressée et jouissive, raccord avec son rythme effréné limite post-punk, style Devo. Les intéressés citent volontiers comme références les premiers Brian Eno ou le groupe culte Cleaners From Venus mais ce malin Music For Dogs au son arty en évoque aussi mille autres.
Si le duo aligne toujours son goût de la mélodie pop accrocheuse (Alone In The City, Everybody), Music For Dogs avec son philtre sonore de laborantin un peu dérangé les fait plus ressembler à des Godley & Creme modernes (Happy Times), des Electric Light Orchestra en version 2.0 relevée de la fibre baroque amusée des Sparks … toujours eux.
Moins calibré que ses prédécesseurs, plus fun et plus aventureux à sa manière (écoutez donc General Research ou Jubilee) sans sonner expérimental non plus, ce troisième Gardens & Villa, n’est certes pas destiné à être l’album de l’année (pas son envie d’ailleurs). Mais exhale, en dépit d’une petite baisse de régime en fin de parcours, un parfum intrigant et entêtant à chaque écoute, à mi-chemin intelligent entre pop efficace et instrumentation fureteuse.
Un album de mutation assez savoureux qui fera peut-être bientôt ranger ce groupe en pleine évolution sur la même étagère que ceux de groupes à suivre comme Field Music ou Wave Machines.
De quoi donner envie d’attaquer la rentrée avec envie… qu’on soit chien ou pas.

Franck ROUSSELOT 

Gardens & Villa. Music For Dogs
Label : Secretly Canadian
Sorti le 21 août 2015

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