Low – One And Sixes

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Attention, grand frisson. Retour de Low avec Ones And Sixes, album de feu et de glace, somptueux écrin sonore teinté de rock industriel où le groupe d’Alan Sparhawk déploie en majesté son slowcore âpre, tendu et réconfortant. Déjà un classique.

Low 2015 - pochetteC’est une affaire d’ondes, de son, de vibrations… Depuis l’apparition avant l’été en avant-première du titre No Comprende, on se doutait que ce nouveau chapitre du grand livre écrit par le groupe Low depuis les années 90 serait bien plus qu’une étape de plus. Mais plutôt comme l’aboutissement logique et implacable de la route musicale exemplaire parcourue par le trio originaire de Duluth, Minesotta.
Si depuis plus de vingt ans, Low demeurent toujours les vaillants porte-étendards d’un slowcore où le minimalisme sublime la douleur et la beauté transcende les abîmes existentiels, héritiers de l’âpreté du Velvet Underground, collègues d’âme de Mark Kozelek et Idaho ou inspirateurs des récents Luluc ou The Antlers, ce onzième album très réussi redéfinit avec plus de netteté et de force encore les fondamentaux de leur art.
Tension, gravité et lyrisme à nu, magnétisme des voix mêlées du couple Alan SparhawkMimi Parker, majesté d’un songwriting classique… tout le Low connu est bien là, mais le son de Ones And Sixes, conçu par le groupe et l’ingénieur du son BJ Burton dans les studios de Justin Vernon (Bon Iver), mix martial de guitares déchirées, textures synthétiques et rock industriel, porte ici à son incandescence la grandeur altière que le groupe a toujours véhiculée.
Bien plus concluant que leur flirt avec l’électronique glitch sur l’expérimental Drums And Guns (2007), Ones And Sixes réconcilie puissance sonique moderne (imposants Gentle ou No Comprende), complaintes désolées (Spanish Translation), caresses introspectives (Congregation, Into You entonnées par une Mimi Parker plus « Margo Timminsienne » que jamais), envolées pop plus légères (What Part Of Me) et noirceurs désespérées (homériques et marquants Lies et Landslide).
Le tout dans un superbe écrin, tension à la Nine Inch Nails ou patte sonore digne des producteurs Alan Moulder ou Ben Hillier pour Depeche Mode, alliant chaud et froid, spleen séduisant et abrasif, douces violences réconfortantes pour une fascinante descente dans les tréfonds des tourments humains.
Si, selon les dires d’Alan Sparhawk, la musique de Low, « c’est comme poignarder l’obscurité« , on ne saurait prendre plus de plaisir à creuser grâce à eux les nuits de nos consciences inquiètes. Qui saurait refuser de succomber à la violence cathartique de l’envoûtante No Comprende ? Ne pas être chaviré par l’ineffable douleur de l’émouvante Lies ? Ou ne pas s’abandonner aux sombres beautés de la sépulcrale et finalement lumineuse Landslide, long morceau de bravoure comme ce groupe décidément précieux a la générosité d’offrir sur chacun de ses disques ?
Magistrale réussite, sublime diamant noir, Ones And Sixes s’impose comme l’un des disques importants de cette rentrée et de l’année. Mais surtout, plus encore, comme l’un des sommets incontestables de Low dont le talent pour demeurer fidèle à leur art et se renouveler de façon discrète, mais en fait permanente, se révèle fascinant.
Une écoute obligatoire, amis lecteurs. O-B-L-I-G-A-T-O-I-R-E.

Franck ROUSSELOT

Low – Ones And Sixes
Label : SubPop / PIAS
Sorti le : 11 septembre 2015

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