Patton – C

Patton

Duo totalement à part, Patton sort une nouvelle fois des sentiers battus avec  son troisième album. Avec C, on est encore loin d’en avoir assez avec cet album plus pop que d’habitude.

Patton - CIl s’agit ici de télescopages, que ce soit de genres, d’instrumentations et même d’approches. Les Belges Sam et Max Bodson ne sont pas signés sur Prohibited records pour rien, comme NLF3 ou F.Lor (qui a d’ailleurs produit l’album). Cela s’entend même dans le chant, alternant français et anglais (soit) mais distillant chaque fois une énergie d’une obédience différente. Ces voix rappellent alternativement Rodolphe Burger, Lloyd Cole, Lou Reed, Scott Mac Loud, Midlake (accessoirement des références musicales que peut s’attribuer le duo dans une relecture toute personnelle). Comme si  Patton s’amuser à faire varier  chaque fois le curseur vocal :  vers plus ou moins de spoken word, de rythme dans la voix ou des lignes de chants plus ou moins mélodiques.   Comme leurs copains de label, ils ont été modelés au son de la folk, du blues, du rock et de la noise mais il a coulé de l’eau sous les ponts depuis et à partir de ces ingrédients, les Belges se sont totalement émancipés de toute référence. Ce n’est pas seulement une question de moyens (il y a des guitares, de l’acoustique, de l’électrique mais aussi de l’électronique, des claviers krautrock et des ruptures rythmiques à prendre dans la afro-beat, le jazz ou le hip hop) mais surtout de vision musicale. Nous ne sommes ni totalement dans de la popsong (un peu arty, un peu déglingué mais popsong quand même), ni  encore dans une vision hors format et hors cadre. Nous sommes dans  un entre-deux, dans un va-et-vient permanent entre des mélodies caressantes, presque familières pour qui écoute du rock indé, et des poussées expérimentales qui en modifie le sens.   Cela pourrait apparaître bancal mais sur la longueur d’un album attachant et personnel, il y a un vrai univers cohérent qui se dégage de cette hétérogénéité assumée.  Avec même en prime, des passages solaires et apaisés (Fossils and Bubbles ; Sheeps cows, you and I Ou Apollo carrément bucolique). Au final, Patton est aussi inventif et original que Deerhoof. Aussi indispensable également.

Denis Zorgniotti

Patton – C
Label : Prohibited record / L’autre Distribution
Sortie : 15 septembre 2015

 

 

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