Joy – David O. Russell

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David O. Russell réunit à nouveau avec Joy ses acteurs fétiches Jennifer Lawrence, Bradley Cooper et Robert De Niro dans un conte de fées féministe résolument moderne.

Joy-afficheJoy (Jennifer Lawrence) est une jeune femme d’une trentaine d’années de la middle-class américaine. Divorcée et mère de trois enfants, elle mène une vie stressante, pas franchement facilitée par une famille fantasque et envahissante ni par un boulot ennuyeux. C’est une femme ordinaire qui se réveille un matin en réalisant qu’elle a mis de côté ses rêves. Elle semblait pourtant destinée à un grand avenir durant sa jeunesse entre brillantes études et invention d’objets en tous genres.

Quoi de plus banal que le point de départ de ce biopic sur Joy Mangano à laquelle décide pourtant de s’intéresser le réalisateur David O. Russell. Sauf que Joy devient dans les années 80 l’inventrice d’un objet révolutionnaire pour des millions de ménagères, le « Miracle Mop », balai à franges auto-essorant, qui lui permettra de faire fortune. C’est donc le parcours fait d’échecs, d’espoirs déçus puis de réussite de cette entrepreneuse déterminée à imposer cette invention que l’on va suivre, soit l’accomplissement de l’individu par la réalisation du sacro-saint rêve américain.

Si le choix d’un tel sujet peut surprendre, l’histoire de l’invention d’un objet aussi prosaïque est en réalité assez audacieuse de la part du réalisateur d’Happiness Therapy et d’American Bluff au travers d’une mise en scène inspirée. La serpillière est avant tout le symbole de l’asservissement des femmes aux tâches ménagères, un travail salissant qui fait courber le dos et épuise le corps. C’est d’ailleurs en se retrouvant les doigts en sang, alors qu’elle ramasse des bouts de verre, que Joy a la révélation de son invention. De là à dire que le balai à franges est un objet qui libère les femmes de cette corvée ingrate, en leur permettant de se redresser et de retrouver un peu de leur dignité est évidemment insuffisant au regard du long chemin à parcourir pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes (2/3 des tâches ménagères sont encore réalisées par les femmes selon l’INSEE). Mais c’est par cet objet qui a pour but de faciliter la vie des ménagères que va également passer l’élévation sociale de Joy.

Joy n’est pas seulement un film de femme forte, déterminée à se battre contre les obstacles et le machisme ambiant qui veut que seuls les hommes sont légitimes pour réussir dans le monde de l’entrepreneuriat, ce n’est pas non plus un film fait par des femmes, avec des femmes,  pour des femmes. Le talent de David O. Russell et son propos sont de dire que les hommes sont bien là aux côtés des femmes, qu’un film ne changera pas la face du monde mais qu’une somme d’actions individuelles entre hommes et femmes pourrait permettre de progressivement changer les mentalités. C’est le sens du duo formé par Joy Mangano et Neil Walker (Bradley Cooper). C’est lui qui donnera à Joy la chance de faire connaître son produit miracle à des millions de ménagères. C’est dans cette relation d’égal à égal, de respect et d’admiration mutuels (d’abord en tant que partenaires puis en tant qu’adversaires en affaire) que se situe la modernité du film qui ne tombe pas comme on pourrait s’y attendre dans la rom-com convenue. C’est aussi le sens des positions prises publiquement par les deux acteurs principaux en 2015 en faveur de l’égalité salariale entre hommes et femmes.

Sous l’apparente légèreté de la comédie de Noël se cache un propos plus profond. David O. Russell réussit le tour de force scénaristique de prendre le contre-pied du conte de fées nunuche où la femme s’en remet à un prince charmant qui vient la sauver de sa vie morne et sans ambition. C’est bien Joy qui prend son destin en main mais elle ne s’accomplit pas seule. Elle s’entoure de femmes et d’hommes qui sauront être ses alliés. A ceux qui penseraient que ce film est trop utopiste je vous renvoie à ces paroles d’Howard Zinn : « L’utopie est à l’horizon. Je fais deux pas en avant, elle s’éloigne de deux pas. Je fais dix pas de plus, elle s’éloigne de dix pas. Aussi loin que je puisse marcher, je ne l’atteindrai jamais. À quoi sert l’utopie ? À cela : elle sert à avancer. »

Béatrice DAMIEN

Joy
Film américain de David O. Russell
Avec Jennifer Lawrence, Bradley Cooper, Robert De Niro…
Genre : biopic, comédie, drame
Durée : 2 h 04
Date de sortie : 30 décembre 2015

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