Festival du film fantastique de Gérardmer : le western Bone Tomahawk primé

Le festival international du film fantastique a proposé durant toute une semaine une belle sélection de 10 films. Si le western Bone Tomahawk a été primé, on a aussi pu voir des zombies, des démons, le Diable en personne, Frankenstein et des loups-garous.

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La 23e édition du festival international du film fantastique de Gérardmer s’est achevée ce dimanche 31 janvier. Avec 10 films en compétition, pour moitié américains, on espérait que la sélection soit de meilleure qualité que ces dernières années. En général c’est du 50-50 à Gérardmer avec même parfois de gros nanars. Cette année aura été plutôt un bon cru avec à mon avis seulement deux films en dessous : The Witch et February.

Le grand prix pour Bone Tomahawk

Curieusement, c’est Bone Tomahawk de S. Craig Zahler qui a reçu le grand prix. La qualité du film n’est pas en cause, au contraire, puisque c’était bel et bien le meilleur film présenté. Le problème, c’est qu’il s’agit d’un western drôle et sanglant, que n’aurait pas renié Tarantino, mais voilà des Indiens, certes sanguinaires, troglodytes et qui ont le coup de tomahawk facile n’ont rien de surnaturel ou fantastique.  Il exploite un pitch très classique du western avec une jeune femme enlevée par des Indiens que son mari (handicapé par une blessure) part sauver en compagnie du shérif de la ville (Kurt Russell), son adjoint vieillissant et un dernier acolyte.

Malgré quelques scènes dispensables, notamment certains bavardages à la Tarantino un peu longuets, ce long-métrage demeure plutôt plaisant et assez drôle avec de belles scènes bien gores (un scalp et un homme coupé en deux à coups de tomahawk) ont ravi le public friand d’hémoglobine. A noter aussi la brève apparition du revenant David Arquette.

Southbound oublié, Evolution plébiscité

Southbound

Pour ma part, j’aurais plutôt distingué Southbound, sans doute le plus original, dans sa structure notamment. Il prend quand même le prix du jury jeunes. Coréalisé à sept par le collectif Radio Silence, Roxanne Benjamin, David Bruckner et Patrick Horvath, Southbound déroule ses cinq parties, bel et bien reliées entre elles, dignes de très bons épisodes de la série La Quatrième Dimension. Au milieu d’une route abandonnée au milieu d’un désert américain, plusieurs personnages vont vivre tour à tour les pires cauchemars : deux hommes en fuite se retrouvent face à d’étranges fantômes, un groupe de rock féminin tombe sur une secte étrange, un automobiliste qui écrase un piéton se retrouve piégé dans un hôpital désert et un homme cherchant sa soeur se retrouve face à une communauté de vampires. Dans cette sorte de Triangle des Bermudes désertique, les références sont simples à trouver : d’Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez à Lost Highway de David Lynch (pour la structure du film).

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Quant à Evolution, seul film français de la compétition, qui est d’abord un vrai film d’auteur, mérite son prix du jury ex-aequo et le prix de la critique.  La projection matinale du long-métrage de Lucile Hadzihalilovic se prêtait tout à fait à l’ambiance très calme et posée de ce film. Nicolas (Max Brebant), âgé d’une dizaine d’années, vit avec sa mère (Julie-Marie Parmentier) dans un étrange village en bord de mer. Ce lieu est uniquement peuplé de femmes et de jeunes garçons du même âge que Nicolas. Tous doivent prendre chaque jour un médicament sans être malades et se retrouvent régulièrement dans un hôpital qui abrite de sombres secrets. Aidé par une infirmière bienveillante (Roxane Duran), il cherche à savoir ce qui se passe dans ce village et pourquoi les femmes se retrouvent sur les rochers la nuit.

Film à l’atmosphère oppressante, Evolution se déguste lentement au gré de sa poésie et de ses images superbes. Il y a un vrai effort de mise en scène qui subjugue par sa poésie. Le tout est très bien servi par l’interprétation des personnages, notamment celle du jeune Max Brebant. De par son ambiance et son aspect brut et mystérieux, Evolution fait aussi beaucoup penser à la série Les Revenants. Du coup, c’est plutôt compliqué d’y comprendre grand-chose : mutations, expériences scientifiques, pure cruauté ? Aucune idée. Mais rien que pour les scènes dans l’hôpital, qui rappellent un peu les premiers Caro & Jeunet (les boursouflures d’effets en moins). Lucile Hadzihalilovic travaille beaucoup ses images sans en donner l’impression en collant au plus près de ses personnages.

Le Diable en invité d’honneur

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La première grande tendance cette année était à la présence du Diable dans trois films, dont deux étaient récompensés au palmarès. Le meilleur des trois, The Devil’s Candy de Sean Byrne, a reçu le prix du public et celui de la meilleure musique. Ce long-métrage de facture assez classique rend hommage à de nombreux classiques d’Amityville à Psychose en passant par Scream (pour le fameux « Je reviens tout de suite » qu’il ne faut jamais prononcer !). Ce deuxième film de Sean Byrne, primé à Gérardmer en 2010 avec le réussi The Loved Ones, propose surtout un couple attachant formé parle père et sa fille tous deux fans de métal et qui vont être les principaux adversaires des influences démoniaques. Où la guitare en V s’avère être une arme redoutable ! Dans The Devil’s Candy, un artiste s’installe avec sa femme et sa fille dans une maison dont les habitants précédents viennent de mourir dans des circonstances particulière (la femme a été tuée par son fils et le mari s’est suicidé). A peine arrivé, le père entend d’étranges bruits qui lui inspirent des tableaux macabres alors que le fils des anciens propriétaires lutte difficilement contre ses pulsions meurtrières pensant accomplir rien de moins que l’oeuvre du Diable.

En revanche, difficile de comprendre la remise du prix Syfy à The Witch de Robert Eggers, qui aurait plutôt mérité le prix de la meilleure sieste des spectateurs. En 1630 en Nouvelle-Angleterre, une famille, trop pieuse pour sa communauté de colons, est chassée et contrainte de s’établir au milieu de nulle part, en pleine forêt. Mais rapidement, le nouveau-né de cette famille de cinq enfants disparaît. Malheureusement, on sait bien trop tôt par qui le petit Samuel est enlevé ce qui enlève tout suspense à cette histoire, plombée par le concours de bondieuseries de la famille dont chaque membre finit par s’accuser de sorcellerie. Dommage, car l’atmosphère lourde et l’ambiance de conte auraient lui donner plus de substance et on ne pense que quelques secondes au Village de Shyamalan. La fin du film, en plus d’être décevante, en est même ridicule.

FEBRUARY

Entre ses références à L’Exorciste ou à L’Orphelinat, February d’Osgood Perkins aurait pu être une belle réussite. Raté, c’est sans doute le film le plus ennuyeux de la sélection 2016, ex-aequo avec The Witch. Rose et Kat doivent cohabiter seules dans un internat parce que leurs parents ne sont pas venus les chercher pour les vacances. Pendant ce temps, la mystérieuse Joan se rend dans la même région, prise en auto-stop par un couple. Ce point de départ pourtant simple est malheureusement troublé par des allers-retours pénibles entre les trois personnages féminins et une temporalité perturbante. Résultat, on ne comprend pas grand chose pendant la première demi-heure. Et quand on finit par raccrocher les morceaux, on regrette au final les grosses ficelles de ce thriller fantastique qui se perd dans trop d’esthétisme. L’oppression générée par cet internat vieillot et des paysages enneigés ne suffit pas à faire oublier la faiblesse du scénario. Le spectateur y apprendra au moins une chose : le Diable a le téléphone et il peut appeler ses suppôts pour leur donner des idées de meurtres sanglants !

Monstres et zombies mal aimés ?

Jeruzalem

Un seul des deux films de zombies présentés aura reçu un prix, Jeruzalem, prix du jury ex-aequo. Ici on ne fait pas dans la dentelle avec un film tourné par les frères Paz dans la vieille ville de Jérusalem, envahie de morts revenus à la vie sous forme de démons ailés et carnassiers qui contaminent tout ce qu’ils mordent. Il y a aussi des golems géants et des néphilims. Rien que ça. Bref, ce n’est pas tout à fait ce qu’avaient prévu les deux jeunes étudiantes américaines qui devaient se rendre en Israël pour faire la fête. En même temps, quelle idée d’aller dans la ville triplement sainte au même moment où s’ouvrent les portes de l’Enfer ! Pour ce film découpé en deux parties – le road trip plutôt rigolo des deux fêtardes bascule ensuite dans le cauchemar – les frères Paz ont choisi le procédé un peu éculé du « found footage ». Mais ils innovent en le tournant du point de vue de lunettes connectées GoogleGlasses. Cela donne lieu à des scènes parfois comiques et place le spectateur au coeur de l’action… sans pour une fois lui donner mal au coeur comme c’est souvent le cas dans les « found footage ». Après, on pourra toujours reprocher au film des scènes un peu trop attendues et un manque d’originalité malgré l’utilisation des fameuses lunettes mais il demeure plutôt efficace (dans un asile de fous et dans des grottes notamment). A titre personnel, il m’a fait beaucoup penser à Cloverfield, film à mon avis très sous-estimé.

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Plus subtil, What We Become aurait peut-être plus mérité cette distinction. Dans ce qui ressemble à une parfaite petite ville du Danemark, le destin de plusieurs familles basculent le jour où les militaires bouclent tout pour endiguer une mystérieuse épidémie. Gustav (Benjamin Engell) enquête et découvre que l’armée tue les malades sans savoir véritablement que les infectés se transforment en zombies agressifs et contagieux. La famille de Gustav et leurs voisins doivent alors organiser leur survie et penser à un moyen d’échapper à la fois aux militaires et aux zombies. Dans What We Become, Bo Mikkelsen a choisi de ne pas faire dans la surenchère d’hémoglobine et attend le dernier quart d’heure pour vraiment montrer l’ampleur de la menace. Clairement, c’est surtout la dimension presque sociale qui l’intéresse le plus : comment gérer le bouclage du quartier par les militaires, quelles sont les manipulations des médias, comment chaque individu réagi face à cette menace ? Avec une ironie mordante, il démontre que l’obligation de survie peut révéler ce qu’il y a de pire dans l’être humain : voler de la nourriture à se voisins, abandonner ses proches, ou faire preuve de lâcheté au quotidien… Comme de nombreux réalisateurs scandinaves, Bo Mikkelsen prend un malin plaisir à torturer l’image de la famille idéale qu’il fait éclater en morceaux (au sens propre comme au sens figuré).

frankenstein

Film d’ouverture, la version de Frankenstein de Bernard Rose n’aura pas non plus déclenché l’enthousiasme. Physiquement, la créature de Victor (Danny Huston) et Elisabeth Frankenstein (Carrie-Anne Moss) ne naît pas monstrueuse. Au contraire, il s’agit d’un beau jeune homme sans cicatrice  mais doté de la conscience d’un nouveau-né, doté d’une force surhumaine qui s’épanouit au contact de la figure maternelle de la scientifique incarnée par Carrie-Anne Moss. Mais une dégénérescence de ses cellules lui donnent peu à peu une allure repoussante et les époux Frankenstein tentent de se débarrasser de cet être qui n’a au final jamais vraiment existé puisqu’il n’est pas réellement né mais issu d’une imprimante 3D organique. Sa fuite ne pourra être que sanglante. Le réalisateur américain propose une version moderne du célèbre roman de Mary Shelley qui se déroule ici au XXIe siècle. Pourtant, il est sans doute bien plus fidèle à l’esprit du livre écrit au XIXe siècle au sens c’est le point de vue de la « créature » qui est privilégié. Le « monstre » est présenté comme innocent et ses actes ne sont au final issus que de sa maladresse et du rejet de la part des autres qui ne comprennent pas sa nature. Lui-même est en permanente quête d’identité voire d’intégration dans une société qui n’est pas faite pour lui. A noter aussi la belle référence au film de 1931 avec Boris Karloff au début de ce nouveau long-métrage avec le scientifique qui s’exclame plusieurs fois « He’s alive » ou encore la scène où le « monstre » est poursuivi et lynché par une foule en colère.

HowlGenre toujours apprécié des festivaliers de Gérardmer, le slasher movie a offert un spécimen en demi-teinte avec Howl, réalisé par l’Anglais Paul Hyett. Côté action, le film sait être efficace quand il le faut même si le design des créatures n’est pas au toujours au top. Sans surprise, Howl se déroule toutefois sans longueurs ni temps morts. Alors qu’un train de banlieue londonien se retrouve bloqué au milieu d’une forêt, un jeune contrôleur et un groupe de passagers que tout oppose vont devoir lutter contre de dangereuses créatures un soir de pleine lune. Le mythe classique du film de loups-garous, qui vont s’attaquer à chaque passager un par un, est donc ici revisité avec un brin d’humour et même un soupçon d’analyse sociale au travers des stéréotypes incarnés par chaque personnage : le trader égoïste, l’ado superficielle, les retraités bourgeois, la mère célibataire qui a réussi…

Le palmarès complet :

Grand prix : Bone Tomahawk de S. Craig Zahler.
Prix du jury : ex aequo Evolution de Lucille Hadzihalilovic et Jeruzalem des frères Paz.
Prix de la musique : Michael Yezerski pour The Devil’s Candy.
Prix de la critique : Evolution de Lucille Hadzihalilovic.
Prix du public : The Devil’s Candy de Sean Byrne.
Prix du jury Syfy : The Witch de Robert Eggers.
Prix du jury jeunes : Southbound de Radio Silence, Roxanne Benjamin, David Bruckner et Patrick Horvath.
Grand prix du court-métrage : Quenottes de Pascal Thiebaut et Gil Pinheiro.

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