Le Fantôme de Gaudí – El Torres et Jesús Alonso Iglesias

Spectres et cadavres hantent Barcelone, semblant suivre le lecteur au cœur de l’œuvre de Gaudí pour une intrigante visite des créations de l’architecte.

Le Fantôme de Gaudí image

Lorsque l’on parle de Barcelone, on pense forcément à Antoni Gaudí tant il a laissé son empreinte sur la ville, mais aussi sur les rails de son tramway. C’est à ce tragique événement, qui mit fin à son existence, qu’El Torres et Jesús Alonso Iglesias font référence à l’entame de leur récit.

El Torres – Jesús Alonso Iglesias - Le Fantôme de Gaudí

Le Fantôme de Gaudí débute avec le sauvetage d’un vieillard, dont l’impact avec une voiture est imminent, par une jeune caissière nommée Antonia. Un prénom qui n’est pas sans suggérer celui de son homologue masculin. Alors que les autorités ne trouvent aucune trace de l’homme, celle que l’on surnomme Tony, se réveillant à l’hôpital, apprend que l’accident s’est déroulé à l’endroit même où est mort le célèbre architecte. Elle est, dès lors, embarquée dans une funèbre enquête au centre de l’œuvre de Gaudí. Suivant plus ou moins volontairement la piste spectrale du maître, elle devient témoin de meurtres atroces par leur mise en scène. Chose étrange, les crimes sont toujours commis au sein d’édifices réalisés par Gaudí. Le premier a lieu à la Casa Vicens où un inconnu est retrouvé attaché à une fenêtre, les intestins répandus sur le sol et le corps gravé d’une obscure inscription : Sol Solet… Voici une troublante instruction qui s’annonce, menée par l’inspecteur de police Tondu, dit « Le chauve » qui suit les cadavres semés à travers la ville jusqu’à la Sagrada Familia.

Ce récit, divisé en chapitres, liés chacun à un endroit précis de Barcelone, est l’occasion d’une visite de l’œuvre d’un artiste aux créations démentes. Le lecteur est un touriste largué au cœur de l’art nouveau, relevant au fur et à mesure les indices historiques disséminés par les auteurs. L’intrigue développée par El Torres, bien que classique, fonctionne. Si certaines zones d’ombre persistent concernant notamment le dessein de l’assassin ou le passé des protagonistes, dont la biographie n’est qu’effleurée, on se laisse entraîner dans les traces de l’héroïne. Ici, l’évocation des structures sorties de la tête de Gaudí prend rapidement le pas sur le scénario et l’on sent que l’investigation policière est prétexte à une errance dans l’univers gaudiesque.

Ce sentiment est vite renforcé par le dessin de Jesús Alonso Iglesias. Des couleurs vives aux personnages expressifs, servis par un trait dynamique, tout est sujet à rendre hommage à l’architecte. Le dessinateur saisit la ville et ses monuments dans un style semi-réaliste d’une grande richesse, nous offrant quelques cases aux allures de souvenirs photographiques.

Si ce voyage à travers la métropole espagnole touchera sans doute plus par l’illustration que par l’histoire, cette visite macabre de Barcelone ne demeure cependant pas inintéressante !

Simon BAERT

Le Fantôme de Gaudí
Scénario : El Torres
Dessin : Jesús Alonso Iglesias
Éditeur : Paquet
120 pages – 18 €
Date de sortie : 30 septembre 2015

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