Okidoki Quartet – Si Tu Regardes

Aventureuse mais jamais intimidante, la musique de L’Okidoki Quartet est une passerelle entre des genres musicaux qui se rencontrent rarement, le Jazz et la Pop.

Okidoki

On aime les musiques aventureuses car bien souvent, elles se révèlent être des œuvres de confrontation mais aussi et avant tout des aventures humaines. Il en est ainsi de ce disque de Laurent Rochelle et de son Odidoki Quartet. Car en Jazz, comme il est question avec cet album, l’échange entre les musiciens est au centre du projet. Les compositions de Laurent Rochelle, à la clarinette basse et au saxophone soprano, sont accompagnées du Piano de Frédéric  Schadoroff, de la contrebasse d’Olivier Brousse, de la batterie inventive d’Eric Boccalini et de la voix de la belge Anja Kowalski.

Okidoki - "Si tu regardes" Sans tomber dans des clichés par trop faciles, Si tu regardes nous fait plonger dans un univers expressionniste dès Morgen en ouverture. On passe de toile en toile dans un Berlin, ville ouverte à tous les fantasmes de Kirchner, les troublantes figures d’Ensor.
Le rythme est instable, alerte quand il ne s’assoupit pas. Du Airports tout en arythmie comme le bruit d’une foule à un Synchronicity en nervosité tendue, Si Tu Regardes absorbe la ville, en dilue la frénésie pour mieux s’affranchir de nos espaces temps ensuite dans un  Cévennes contemplatif à la vitesse d’un parcours dans un train à vapeur hors d’âge. De la fenêtre, on aperçoit un vieux moulin, un troupeau de chèvres dans le lointain, trois ombres sur le haut de la colline mais déjà de nouveaux paysages s’annoncent.
Echo Bird Sing Her Song To Me reste dans une structure Pop mais ouvre ses cloisons à une formule Pop qui évoque parfois Bjork fusionnée à Michel Legrand. C’est à la fois martelé, évaporé et diablement maîtrisé. S’y joue une véritable science de l’échange démocratique entre ces quatre-là. Bien entendu, le travail sur la voix contribue à lui donner cette couleur Pop, avec cet espèce de Yodel synthétique et de chant enamouré d’oiseau.

Okidoki Blues et sa suite indissociable Okidoki remettent le saxophone de Laurent Rochelle au centre de la pièce dans ce duel amical avec le Piano de Frédéric  Schadoroff en contrepoints, en contraste. Se dégage de cette confrontation une énergie dansante contagieuse, loin d’un Jazz expérimental intimidant. On pensera parfois à Emile Parisien pour cette volonté d’ouvrir les musiques improvisées à d’autres énergies.
Si Tu Regardes qui donne son nom à l’album est une longue construction minutieuse toute en suggestions et en totale ouverture à toutes les sensations.
Zeit est une petite merveille de fragilité, à la fois proche d’un Piano Magic crépusculaire mais aussi de certaines sorties du label Prikosnovénie. Musique d’atmosphère, de paroxysme servi par un quartet impeccable. Ce disque ose les limites, les implosions, le lyrisme, l’affirmation et l’émotion pure.
On quitte Si Tu Regardes avec Le Temps Oublié comme un écho de Philip Glass, de ses répétitions harmoniques.
On entre dans ce disque avec une facilité désarmante, on ne voudrait pas en sortir ensuite.

Alors, si le Jazz est une musique qui vous fait peur. Si vous ne savez par quelle entrée la découvrir, ce disque de Laurent Rochelle et de son Odidoki Quartet est une bien belle manière de s’y faufiler avec ces 10 titres qui piochent tout autant dans les musiques improvisées que dans la ligne claire de la Pop.

Greg Bod

Laurent Rochelle Okidoki Quartet – Si Tu Regardes
Label : Linoleum Records / L’autre distribution
Sortie : le 29 avril 2016

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