Spain – Carolina

Josh Haden revient avec son groupe Spain, après un Sargent Place qui au mieux nous avait laissé sur notre faim, au pire perplexe. Cette fois, avec Carolina, c’est un retour à de meilleurs hospices pour l’américain.

josh haden

12 années avaient séparé I Believe le dernier disque de Spain de son successeur Soul Of Spain édité en 2012. On n’y croyait plus vraiment, c’est vrai que les projets solos de Josh Haden, exception faite de ses collaborations avec Soulsavers, ne nous avaient pas vraiment passionné. On cherchait dans ses productions ce que l’on avait tellement aimé dans The Blue Moods Of Spain, mention spéciale à World Of Blue qui devait tant à la musique de son père, Charlie Haden, disparu il y a peu.

spain - carolina coverIl faut dire aussi que Spain n’a jamais été un projet immobilisé dans le marbre. La seule constante qui restait dans ces trois disques de la première période du groupe, c’était cette mélancolie traînante qui se dégageait des disques. Là où l’album inaugural jouait avec la monochromie et le minimalisme dans une épure de grande classe, She Haunts My Dreams prenait le pari des arrangements et du folk. I Believe continuait sur cette voie-là. On se rappelle de Make My Body Move et sa sensualité neurasthénique. On y trouvait ce que l’on aimait chez les Tindersticks, une certaine forme de Soul aux affects maîtrisés.

The Soul Of Spain, l’album inespéré du retour du groupe aux affaires était de ce tonneau-là, du refus de la répétition.  A noter la multiplicité des climats sur ce grand disque qui affirmait clairement le retour de Josh Haden. C’est peu de dire notre surprise mais surtout notre déception à l’écoute de Sargent Place qui replaçait le natif de Los Angeles dans les artistes que l’on suivait gentiment, poliment de loin. Un disque convenu, trop polissé, sans aspérité.
C’est dire si avec Carolina, nous l’attendions au tournant. Pour prendre conscience de l’intérêt, il faudra sans doute de nombreuses écoutes. Ouvrant sur Tennessee, ballade folk presque country, Carolina pourrait mal s’annoncer, laissant présager des suites de titres bien ficelés, efficaces mais anecdotiques.
Mais dès The Depression et les accords de basse qui structurent le morceau on sait que Josh Haden retravaille le sillon de The Blue Moods Of Spain, avec cette musique à mi-chemin entre un Jazz West Coast et une Soul de blanc. On y retrouve ces arrangements discrets, ce banjo, le travail sur une batterie en suspens. C’est un peu la rencontre entre Mark Lanegan qui aurait oublié le goût du Roc et un Jason Pierce sans psychédélisme.
Sans doute, avec Apologies, sait-on que Carolina ne sera pas le ratage que l’on craignait, pire que l’on pressentait. Josh Haden y chante sa profondeur, ses faiblesses avec une grâce de celle que l’on retrouve dans les disques de Low. Ce disque a la détresse des grands figurants d’un désespoir qui ne se dit pas. On pensera sans trier à Vic Chestnutt, à Mark Eitzel pour un slowcore qui se donne le droit de parfois rencontrer la lumière comme sur Lorelei par exemple.

Ce disque, à bien des égards, sonne comme un bilan de vie. C’est en effet le premier disque de Spain sans le regard du père du chanteur sur son travail de composition. Bien sûr, la disparition de Charlie Haden influe également sur la thématique du disque mais le fils a l’intelligence de la pudeur.
Plutôt que s’abimer dans un trop dit, il privilégie les souvenirs de son enfance ou les espérances lointaines. One Last Look ou In My Hour sont des pépites de fragilité comme pour mieux exorciser la douleur et le chagrin. Il y chante la pluie dont on a besoin pour se nettoyer, cette pluie que l’on attend et que l’on attend.
Battle Of Saratoga avec sa guitare Slide bouleverse par sa nonchalance, son recul quand la retenue de Starry Night nous assomme lentement. On y entend la musique d’autres gros cœurs, celles du canadien Barzin ou encore les Nourallah Brothers. A partir de petites phrases qui chez toi fleuraient le cliché, Josh Haden recrée nos émerveillements face à un ciel nocturne d’été, quand il n’y pas la moindre pollution lumineuse, que les lampadaires nous regardent de la voie lactée. Chez d’autres, ce serait jugé factice ou facile, là c’est juste un temps de parenthèse. For You réveille notre conscience avec son blues électrique très années 70.
Station 2 conclut le disque  avec  cette mélodie claire obscure, cette envie d’apaisement, ce retour sur le temps passé.

Loin de se vautrer dans quelque chose de par trop prévisible, Josh Haden ne se renouvelle pas vraiment mais construit lentement une œuvre cohérente. Certains diront que leur temps de splendeur est derrière eux mais sans doute la musique de Spain n’a que faire des signes extérieurs de charme et peut rebuter ceux qui n’y voient qu’une austérité froide de cellule monacale.
Carolina n’est pas un disque majeur de Spain mais une étape, une transition dans le parcours d’un artiste. On attend avec impatience la suite et sans aucun doute de bien belles surprises à venir encore de la part de Josh Haden car entre les lignes de Carolina, l’on sent le grand disque du groupe qui se profile. Les idées sont déjà là en germe, ici… A vous de les faire éclore désormais.

Greg Bod

Spain – Carolina
Label : Glitterhouse Records / Differ-ent
Sortie le 03 juin 2016

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