Benoit Pioulard – Radial

Avec « Radial », Benoit Pioulard réapparaît sous sa facette expérimentale pour découvrir des sensations nouvelles à travers une musique aquatique et utérine.

benoit pioulard

Benoit Pioulard alias Thomas Meluch et vice et versa est un garçon pour le moins insaisissable. Capable du meilleur comme du meilleur, en solo comme en groupe, avec Rafael Anton Irissari et leur projet commun Orcas, le canadien ne nous attend jamais où l’on croit qu’il sera. C’est un peu le syndrome « Je vais voir ailleurs si j’y suis » ou la névrose qui complète souvent l’attitude « Ça a l’air plus beau sur l’autre rive ».  Cela peut pour certains présenter des défauts et forcément des limites, une surproductivité qui amène des œuvres brouillonnes et mal ficelées mais c’est juste pour certains. Pioulard n’est pas certains ni même n’importe qui et encore moins n’importe quoi, c’est ce qui le rend d’autant plus agaçant. C’est que malgré cela, malgré nos craintes, ce type sort des albums tous impeccables et osés dans leurs paris. Paris relevés, assumés et gagnés.

Benoit Pioulard - radial cover albumIl revient ici avec Radial, son nouveau disque. Ne vous laissez pas avoir par le nombre de titres. 3 en effet mais trois longues plages contemplatives dont The Very Center Of Its Flame qui avoisine les 23 minutes. C’est par son angle le plus pointu que le canadien refait surface et comme souvent chez Benoit Pioulard sa musique électronique prend la saveur d’un Shoegazing dont le locataire négligeant aurait oublié de payer la facture d’électricité, où la dissonance se bat avec le vaporeux. Un peu à l’image des instrumentaux de Slowdive au siècle dernier.

Si l’on qualifiait hâtivement l’univers de Radial, on dirait sans doute Ambient mais ce serait hâtif. Si l’on était plus précis, on dirait Dark Ambient sauf qu’on s’en fout car la musique de Benoit Pioulard conserve son secret car elle est avant tout une musique expérimentale accessible à tous mais pour lever un malentendu, entendons-nous bien sur le vocabulaire ici utilisé. Par expérimental, nous entendons expérience ou une quête de sensations nouvelles à travers la seule chose musicale.

Au même titre que les œuvres les plus difficiles de David Sylvian, pour entrer en empathie, il faut laisser de côté toute nécessité narrative et se laisser porter par la torpeur presque somnolente qu’amène le disque, lâcher prise et se laisser submerger par l’ennui qui est loin d’être un défaut.
La musique de Benoit Pioulard a quelque chose en elle d’aquatique pour ne pas dire utérine comme sur Madrigal où l’on croirait entendre la résonance du monde au-dessus au fin fond d’un lac souterrain. Plus on se laisse prendre par la brume que délaye Radial, plus on perçoit les paysages aux alentours avec une vision nouvelle et révélatrice. Stone In Focus, réadaptation d’un titre d’Aphex Twin, rappelle la métronomie régulière de la vague qui  vient manger le sable, de l’écume qui s’évapore et d’une poésie singulière qui s’épanouit.

Greg Bod

Benoit Pioulard – Radial
Autoproduit
Sortie : 27 juin 2016

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