M.Craft – Blood Moon

Au royaume des merveilles de 2016, il faudra compter sur The Magnetic North, Sophia ou Andy Shauf. Vient se rajouter à cette liste le troisième album de M.Craft.

Martin Craft

Les premiers mots qui vous viendront à l’esprit à l’écoute de ce disque seront à coup sûr « épique », « spatial ». Rien de surprenant quand on apprend que le disque a été composé, produit et enregistré dans le désert du Mojave. Certes, Martin Craft n’est pas le premier à s’isoler pour créer et offrir au monde qui n’en demandait pas tant un chef d’œuvre. On se rappelle de Justin Vernon qui posa ses valises dans une vieille cabane du Canada pour pondre le merveilleux premier Bon Iver. C’est en se recentrant sur l’essentiel, à la façon d’un Walden que l’on parvient à diffuser l’inédit.

M-Craft-Blood-Moon cover album« E pericoloso spogersi » dit l’adage bien connu des voyageurs des vieilles michelines. Ce bon sens proverbial pourrait aller comme un gant à Blood Moon. Il est en effet dangereux de se pencher au-dedans de ce disque car il est difficile de s’en sortir. Depuis sa sortie, on déplore la disparition d’une centaine de personnes qui n’ont pu quitter le monde dans lequel M. Craft nous fait vivre pour les plus raisonnables d’entre nous une quarantaine de minutes. Plus addictif qu’une partie de Pokemon Go, sa musique nous fait monter les yeux vers le ciel plus que vers l’écran de notre Iphone.

On dit avoir vu disparaître un homme de 30 ans l’autre jour dans ce trou dans le ciel au milieu de Blood Moon. Puisque nous parlons de ciel, essayez de vous rappeler la voûte céleste la plus belle que vous ayez jamais vu. Cette couleur lavande, cette heure bleue. Rien de ce que vous avez vu jusqu’ici ne peut se comparer à ce que vous trouverez dans ce disque. Il contient en son creux des cieux aussi grands que ceux que vous avez oubliés.

Structurés autour du piano, instrument décidément très en vogue dans la Pop aujourd’hui, ces 10 titres transpirent la sérénité et le tranquille cheminement des nuages. Assurément, Martin Craft a été éduqué à un piano classique qui doit autant aux nocturnes et autres arabesques de Debussy qu’au Peace Piece de Bill Evans. On pensera parfois à un Patrick Watson enfin sobre entre puissance et fragilité.

Ici pas de couleur locale par trop appuyée en mode « Navajo qui chante la prière de la pluie », pourtant, on sent en arrière-fond, en substance, le murmure du désert que ce soit dans Chemical trails qui fleure bon le Peyotl que dans le vaporeux Afterglow. Nous sommes au petit matin, le froid de la nuit n’a pas encore rendu l’âme, la chaleur du jour n’est pas encore étouffante, on devine au loin l’ombre d’un coyote.

Blood Moon est construit comme une symphonie ponctuée de mouvements et d’interludes. Midnight par exemple sonne comme du Ulver qui aurait rencontré Harold Budd. Love Is The Devil et son chœur de gospel rappellera sans doute Spiritualized en moins acid(ulé) pour cette espèce de naïveté et cet hymne gracile. C’est beau comme du Mercury Rev réussi.

Bien sûr, il est aussi question de solitude dans ce disque enregistré loin de tout, d’un dialogue entre soi et son ombre car finalement l’on n’est pas vraiment seul. On ne l’est jamais. On l’est encore moins avec des merveilles comme le second album des Magnetic North, le nouveau Sophia, le petit d’Andy Shauf ou cette somptueuse construction délicate qu’est Blood Moon.
Sur Me and My Shadows on retrouve un peu des raisons qui font de Ting le meilleur album des Nits à ce jour. Un jeu avec la délicatesse et l’épure mais aussi l’affirmation d’une sérénité.

Ce disque de M.Craft est habité d’un bonheur profond, d’une tranquillité sans faux fuyant comme en témoigne le presque muet Morphic Fields. Love is all nous assène sans agressivité M.Craft à travers ses enluminures de piano. Je défie qui ne restera pas sans voix face à la beauté de cette pièce-là tout en raffinement et en simplicité.
Laissez donc là les petites bébêtes des mondes virtuels pour vous égarer dans les cieux de Martin Craft. Assurément un des disques essentiels de 2016

Greg Bod

M.Craft – Blood Moon
Label : Heavenly/PIAS
Sortie le 17 juin 2016

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