Purity – Jonathan Franzen

Que penser du dernier roman de l’auteur américain considéré comme le plus doué de sa génération ? Purity, ambitieux et démesuré, gros succès de librairie à l’international, laisse néanmoins une impression frustrée. Retour sur ce pavé.

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Sorti cet été à l’échelle planétaire, le cinquième roman de Franzen était attendu comme un Messie littéraire, l’auteur ayant déjà fait sensation avec son chef-d’oeuvre Les Corrections et Freedom, grandement remarqué et apprécié de beaucoup (mais que je n’ai pas lu). 2016, sortie donc de Purity, et ses histoires de société secrète, de gourou médiatique craint comme l’instigateur des Wikileaks et PanamaPapers, de réflexion sur les désirs technologiques et les peurs de perte de repères individuels. Je vous livre en vrac les « pensées » de critiques littéraires et saillies journalistiques lors de la sortie en librairies du fameux roman. Qu’en est-il vraiment ?

franzen-purity-daniel-craigD’abord, ce qui frappe surtout, c’est qu’avant de se lancer dans une réflexion critique de notre société contemporaine, Purity préfère se concentrer sur l’humain. Et ses personnages. Soit son héroïne qui donne son prénom-pseudo au roman, bout de femme à l’enfance un peu paumée, énervée de nature et prête à tout pour retrouver son père, quitte à infiltrer une organisation secrète bolivienne, spécialisée dans les révélations secrètes prêtes à faire trembler le monde. Elle y rencontrera un mentor plein de secrets, mais aussi de l’autre côté de la planète un journaliste d’investigation lié de manière mystérieuse à l’autre homme, puis sa femme Leïla, ainsi que de nombreux autres personnages.

Mais avant de les lire faire une ronde gigantesque tels des destins forcément croisés au hasard du temps et de ses circonstances (du classique aujourd’hui), Franzen prend le temps de dépeindre les personnages à coups de flashs-backs et de digressions. Trop de temps, peut-être. Sans lien supposé, sans raccord évident, le lecteur perd plus de 400 pages à essayer de relier les ponts littéraires de cette saga alambiquée, parfois déroutante mais surtout ennuyeuse sur ses débuts. Du coup, quand l’étau se resserre sur les personnages, avec des passages plus efficaces et où l’on retrouve la patte si appréciée du romancier américain, on est déjà un peu hors de ce roman, comme détaché de ce qui peut arriver à ces personnages auxquels on ne s’est jamais vraiment attachés.

Dommage car dans sa dernière partie, le roman-fleuve, quasi d’anticipation, pose des questions fondamentales sur notre avenir numérique et médiatique : quelle transparence ? quelle(s) identité(s) numérique(s) ? Rapport humain-machine ? Comment garder une intégrité quand tout nous pousse à l’inverse ? Avec une noirceur impeccable, une vision intelligente mais écrite de la plus belle des manières, l’auteur réussit à être ce grand storyteller acerbe et politisé, cru mais profondément humain, avec des bouts de cynisme virtuose sur les coins les plus reculés. Mais cela arrive bien trop tard. Et c’est dommageable.

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Jean-françois Lahorgue

Purity

Roman américain de Jonathan Franzen

Traduit de l’americain par Olivier Deparis

Editeur : l’Olivier

752 pages – 25 €

Date de parution : mai 2016

 

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