“La vengeance m’appartient”, un roman à mystères de Marie N’Diaye

Marie N’Diaye dessine dans son nouveau roman le portrait d’une avocate, Me Susane, un personnage sans prénom à la mémoire défaillante, au parcours de femme incertain, aux contours évanescents. Un portrait flottant, en lisière de l’onirisme, ouvert à une multitude de questions.

Marie NDiaye
Marie NDiaye © Francesca Mantovani

Et de questions, c’est peu dire qu’il y en a dans ce roman, l’intrigue se construisant essentiellement autour d’elles. À commencer par la principale, liée à ce mari déboussolé qui vient dès le début du récit demander à Me Susane de bien vouloir prendre en charge la défense de son épouse. Gilles Principaux il se nomme, un patronyme qui résonne comme un coup de poing dans la mémoire fluctuante de notre avocate :

« Qui était, pour elle, Gilles Principaux ?

Comment le savoir, comment se fier à cette intuition exaltante, blessante, inquiétante qu’il avait été l’adolescent dont elle s’était éprise à jamais, autrefois, dans une maison de Caudéran qu’elle aurait été incapable de reconnaître aujourd’hui ? »

La vengeance m’appartientLa première énigme est là, contrebalancée par des faits implacables ceux-là, concernant l’épouse infanticide de Gilles Principaux. Bien plus qu’une épouse infanticide d’ailleurs, une mère infanticide,  qui a même triplé son méfait. La figure maternelle tueuse en série de sa progéniture questionne, elle peut infléchir l’axe de la réflexion sur sa personnalité : Non pas : qui est Marlyne ? Mais : Qu’est-ce que c’est donc que Marlyne ? Se demandait-elle, désorientée et toute colère envers cette femme d’un coup retombée.

Et le roman de dérouler ainsi sa litanie d’ombres et de mystères sur les personnages et leurs relations, au gré d’une prose envoutante, tortueuse voire piégeuse par moments, en perpétuelle recherche d’un langage élaboré. Marie N’Diaye n’hésite pas devant le contre-pied, à dire par exemple ce que ne dit pas le protagoniste, un mode discursif parfois déroutant : Elle ne disait pas à Rudy : Et puis quelle importance, l’amour ? Il suffit de bien s’entendre, de parler, de s’amuser ensemble non ?

Elle n’hésite pas devant un  monologue de 10 pages frappées de mais, qui résonnent comme des claquements de fouet.

Elle n’hésite pas non plus à nouer des liens parfois improbables entre ses personnages, comme dans un rêve où tout se mêlerait, à  imbriquer des étages supplémentaires d’incertitudes.

Et tout cela favorise l’accès à l’univers singulier de l’auteure des trois femmes puissantes, dans un roman au charme ineffable empreint de mystère, aux vagues contours oniriques, mais aussi un roman  ouvert dont on peut ressortir avec pas mal de questions.

Eric Médous

La vengeance m’appartient
Roman français de Marie N’Diaye
Editeur : Gallimard
240 pages -19,50€ / 13,99€
Date de Parution : 07 janvier 2021
ISBN : 978-2-07-284194-1