“Dernière visite à ma mère”, un récit autobiographique et intimiste de Marie-Sabine Roger

Habituée des romans populaires aux implications fortes et tendres avec ses personnages, ainsi que des romans jeunesse, Marie-Sabine Roger nous livre ici un témoignage autobiographique tout aussi fort et poignant sur la fin de vie de sa mère. Le lecteur ne manquera pas d’y faire ses propres projections.

Marie-Sabine-Roger
PHOTO © CELINE NIESZAWER/LEEXTRA

La mère est placée en 2017 (Terme pudique. Un mot destiné aux objets, à la matière inerte), la fille se met à écrire sans savoir pourquoi, elle qui n’a jamais écrit de journal intime. C’est ce récit intime que l’on tient entre les mains, aux chapitres brefs et nourris de mots à la fois justes, éloquents, sobres et pointus. Des chapitres comme des courtes lettres qui se succèdent sur la modulation d’un « tu » nostalgique adressé à sa mère, en balance avec un « je » introspectif par effet boomerang, la fin de vie de la mère en silhouette sur celle à venir de la fille, tout en éclairant aussi sa jeunesse, et leur histoire commune : Depuis quelques mois, à me soucier de toi, je retrouve du même coup des lambeaux de mon enfance, de mon adolescence. Petits cailloux pour dessiner le chemin qui me ramènerait vers toi. Posés là, tous en droite ligne, comme le sont les balises sur les pistes d’atterrissage. Pour pouvoir arriver sans encombre au hangar.

Dernière visite à ma mèreDu début de l’installation en Ehpad et ses visites espacées – distance oblige, la romancière espère ressusciter les empreintes perdues de l’amour, et de tout ce qu’il faudrait se dire avant de partir. En vain. C’est de lente décrépitude qu’il sera surtout question, les cris en préambule du malaise, la voix qui se tarit, les larmes qui ne coulent même plus, les lectures désormais impossibles pour cette mère distante, au talent lointain de conteuse. Et puis le rire, qui faisait partie aussi des pertes, des deuils irrémédiables.

Le lecteur non plus n’aura pas l’occasion de déployer le sien de rire, on s’en doute, même si on connaît l’humour de Marie-Sabine Roger par ailleurs. Elle livre également un récit à charge, sur les Ehpad et leur manque de personnel, mais aussi et surtout un récit qui interroge nos sociétés : sur l’ultime vieillesse bien sûr, le besoin que l’on s’octroie à maintenir la vie même dans les pires conditions, sur les Ehpad, sur nos destinées qui omettent de garder nos aïeux auprès de nous, faute de pouvoir ou de savoir comment faire.

Dernière visite à ma mère est un texte élégant et court, où chaque mot pèse son quota de bon sens, sans négliger parfois d’injecter sa pincée de poésie. On reconnaîtra la patte de la romancière, et sa manière si particulière de nous émouvoir, ici à travers un personnage bien réel, et intime.

Mais c’est avant tout un récit qui se rend nécessaire, tant il paraît universel.

Eric Médous

Dernière visite à ma mère
Récit de Marie-Sabine Roger
Editeur : L’iconoclaste
144 pages –
18,00 €
Date de p
arution : 4 février 2021