“La fille de la piscine” : plongée dans la tête d’une ado, par Léa Tourret

Léa Tourret nous fait découvrir la vie à la piscine et l’univers cérébral d’une ado pas tout à fait comme les autres. Cela se passe lors d’un été torride, aux abords d’une piscine. Un premier roman plutôt court, qui interpelle par son bon sens.

© Francesca Mantovani

Le titre n’est pas anodin : LA fille de LA piscine. Unité de lieu pour ce premier roman, unité de point de vue aussi. C’est Léna qui tient la parole, exclusivement depuis sa vie à la piscine ou ses abords.
Léna est copine avec Max, on dit d’ailleurs tout le temps d’elles maxéléna comme « le nom d’une créature hybride à deux têtes ». Ils fonctionnent un peu par paire les ados à vrai dire, preuve en est de cet autre duo qui débarque un beau jour, Yannis et Lounès, au « lien brut propice aux rires gras et aux confidences ensommeillées, dévoilées sous des volutes de shit ». Leur arrivée signe le début de la dissension chez maxéléna, avec Sabrina qui s’installe aussi. L’occasion de découvrir la versatilité des sentiments chez Léna.

la-fille-de-la-piscineOn découvrira aussi son monde intérieur décousu dans une succession de paragraphes courts, sautant d’un sujet l’autre, son univers de pensées souvent sordides : « On dirait deux enfants qui boudent sans savoir que leur baby-sitter pourrait décider de les jeter par la fenêtre du cinquième étage par simple curiosité». Des pensées saugrenues voire des idées de meurtre qui peuvent s’installer pour rien ou presque, laissant planer une atmosphère inquiétante. Suspicion d’un pervers aux abords de la piscine, lecture d’un assassinat dans Détective, réalité et fantasmes semblent se bousculer dans la tête de l’adolescente. Il faut dire que Léna est singulière, observatrice fine du monde qui l’entoure comme des sensations qui la parcourent, capable de se souvenir d’une « sensation de dissociation », même si elle est aussi plus communément préoccupée par son corps, «obstacle pour saisir le monde ».

Mais si le lecteur découvrira tout ou presque du présent de la lycéenne depuis la piscine, son existence en dehors se fera par restitution de souvenirs. Comme si sa vie n’avait de sens qu’autour du rectangle translucide. Comme si Léna n’était pas forcément la même en dehors de la piscine entourée de ses pairs, qu’il y aurait discontinuité à la voir évoluer ailleurs. On ne connaîtra donc pas ici la fille à la maison ni la fille au lycée, si ce n’est par ses évocations du passé, mais toujours depuis son lieu d’ancrage. Ce qui apparaît au final bien vu pour décrire cette adolescente en quête d’émancipation et de construction identitaire, comme si tout cela passait obligatoirement chez elle par le rejet de la famille et des institutions, par l’affirmation de sa personnalité en dehors de ce qui l’a fait.

« La fille de la piscine » est le premier roman de Léa Tourret. Un premier roman qui ne paraîtra pas forcément spectaculaire à la première impression, mais qui pourrait le devenir à la réflexion pour son bon sens, alliant forme et fond au gré d’une écriture bien sentie, décrivant un univers réaliste à l’ambiance trouble.

« Le bourdonnement du soleil appesantit tout dans un grésillement sourd d’insectes ou d’animaux réfugiés sous la terre, où il doit faire plus frais, à côté des cadavres. »

Eric Médous

LA fille de la piscine
Roman français de Léa Tourret
Editeur : Gallimard
160 pages – 16,00 €
Parution : 5 mai 2022
ISBN :978-2072981456