cinéma

Dans la peau de Jacques Chirac de Karl Zéro et Michel Royer

[1.5]

 

 

Un des leitmotive habituellement utilisé par Karl Zéro comme slogan et comme règle de conduite – et c’est aussi le nom de sa société de production – est tout entier résumé dans ce tonitruant Méfiez vous des contrefaçons. Conseil fort avisé que son auteur devrait commencer par s’appliquer à lui-même. S’il fallait encore une preuve que Karl Zéro ne doit son succès qu’à la supercherie et le gros trait peu subtil, relayé jusqu’à peu par Canal+, Dans la peau de Jacques Chirac tombe à pic. Avec ce documentaire lisse et très vite ennuyeux, se voulant incorrect alors qu’il ne fait qu’effleurer l’insolence et la satire, nul doute que notre cher Président puisse encore dormir longtemps sur ses deux oreilles.

 

En fait, Dans la peau de Jacques Chirac est construit sur deux idées, l’une plutôt bonne anéantie par l’autre, stupide et stérile. La bonne, c’est d’avoir puisé dans le fonds gigantesque des images et d’en avoir réalisé un montage énergique au message évident : en quarante ans, Chirac a dit tout et le contraire de tout. C’est Michel Royer, homme de télévision, fourmi besogneuse aimant explorer les archives audiovisuelles, qui s’est logiquement chargé de compiler des centaines d’heures d’images, à croire que Chirac a toujours été filmé. La très mauvaise idée, fruit de la collaboration entre Karl Zéro, le journaliste politique Eric Zemmour – spécialiste patenté de Chirac – et l’imitateur Didier Gustin, réside à envelopper l’épatant montage de Royer d’une voix off – Gustin imitant Chirac – comme vecteur autobiographique. Par ce dispositif, on nie de fait toute crédibilité et toute vraisemblance au projet, le réduisant à une gentille pochade, même pas très drôle. A cet égard, les paroles authentiques du Président font plus souvent mouche que les pâles imitations de Gustin.

 

Outre l’ennui et l’inintérêt qui nous gagnent, nous sommes également de plus en plus atterrés par le portrait qui nous est livré de Chirac : celui d’un grand dadais sympathique et roublard, animal politique retors, passé à travers nombre d’embûches, presque inoffensif, le genre de gars à inviter aux banquets de communion, avec qui aller boire une bonne bière. Ca en devient franchement gênant, eu égard aux affaires – bizarrement absentes du film – dans lesquelles Chirac est plus ou moins impliqué. Personne ne pourra croire un instant que pour durer plus de quarante années dans ce monde de requins et de tueurs, pour passer des emplois subalternes à la direction des affaires d’un pays, en connaissant des hauts et des bas, des revirements de situations incroyables, il ne faille pas être soi-même le plus matois, le plus machiavélique des hommes politiques.

 

Le documentaire faux-cul de Karl Zéro ne développe aucune analyse politique et se contente de plaquer sur un kaléidoscope d’images étonnantes et inédites un texte balourd et de plus en plus vulgaire. Reste donc au spectateur à démêler l’écheveau pour remettre en perspective les agissements contradictoires et sans vision de Jacques Chirac et tenter de se réconcilier avec la société politique, ici montrée sous son jour le plus putassier et le plus grand-guignolesque.

 

Patrick Braganti

 

Documentaire français – 1 h 30 – Sortie le 31 Mai 2006

Avec la voix de Didier Gustin