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Les Poupées russes
de Cédric Klaspisch
[3.0]
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Xavier est paumé. Paumé dans sa petite poche. De
retour de Barcelone depuis quelques années maintenant,
il partage sa vie entre son ex, sa meilleure amie
lesbienne, l'écriture frustrante de soaps insipides et
ce qu'il reste de sa famille. Et Xavier, malgré tout,
tourne en rond. Tel un lion dans sa cage. Rien n'y fait
; même ces jolies jeunes femmes qu'il attire dans son
lit à un rythme effréné finissent par l'ennuyer.
On est
donc proche de la caricature du jeune adulte cool branchouille,
qui se regarde jouir de son image de génie blasé et étouffé
dans un monde qui ne lui correspond pas. Seulement voilà,
Xavier est différent (ou fait mine de l'être, auquel
cas il serait vraiment vicieux l'animal). Xavier a
besoin d'espace, de liberté, de voyages. D'où ces
multiples représentations du déplacement : à pied, en
vespa, en bus, en bateau ou en train (fil rouge du
film), il s'étourdit et tente en vain de trouver une
voie, une route qui le mènerait dans un autre univers,
dans une autre dimension qui lui permettrait de se réaliser.
Pleinement. La suite du film laisse donc place à ce
long cheminement à la fois intérieur et à travers
l'Europe, qui après moults remous, malversations,
disputes et machinations toutes aussi futiles les unes
que les autres s'achèvera plus de deux heures plus tard
en Russie, lors du mariage de William, un jeune Anglais
rencontré dans ladite auberge espagnole, avec une
somptueuse Russe nommée Natacha. La trame de base n'est
donc pas bien trépidante, voire banale et surtout
ultra-prévisible. Klapisch semble en être
conscient, et prend le parti-pris discutable d'une mise
en scène légère et fantaisiste, alternant voix-over,
flashes-back, effets de montage clipesques et apartés
oniriques à la Roger
Avary aux commandes des Lois
de l'attraction. La similitude formelle (visant à
masquer un vide scénaristique ?) entre ces deux oeuvres
reste d'ailleurs à creuser.
La
question primordiale portera donc encore une fois sur l'éternel
débat fond/forme. Le parti-pris de Klapisch
entre-t-il dans une certaine logique cinématographique,
ou n'est-il que vide créant l'illusion
d'une
potentielle consistance ? Participe-t-il d'une ambiance
en total accord avec la trame narrative des Poupées
russes, ou ne vise-t-il qu'à instaurer une légèreté
de ton malhonnête propice au confort du spectateur ? Le
débat est donc ouvert quant à la cohérence de l’œuvre.
Tout
est question de tolérance.
Peut-on
dénigrer une oeuvre bancale qui cède à la facilité
formelle, mais qui fait néanmoins preuve d'un certain
sens de l'humour, plaisante, fine, et surtout sincère ?
C'est un "moindre mal" dira-t-on, l'emploi
excessif du logiciel de montage et de ses fonctions new
wave au nom d'une mise en scène dissimulant les aspérités
et défauts d'un scénario souvent bâtard. Le dilemme,
l'opposition ancestrale et récurrente du cœur et de la
raison se fait encore sentir et, selon le camp choisi,
on pourra reprocher à Klapisch
d'avoir bâclé la cohérence globale d'une oeuvre qu'on
aurait aimé adorer ; et qui, c'est d'autant plus
dommage, était servie par une troupe d'acteurs de très
haute qualité.
En
somme, une oeuvre malheureusement mineure. Pertinente
par instants, mais en aucun cas porteuse d'un sens,
d'une exigence, ou d'une réflexion cinématographique.
Attendrissant.
Axel
Cadieux
Film
Français - 2h05 - Sortie 15 juin 2005
Avec
Romain Duris, Cécile de France, Audrey Tautou
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