cinéma

Snow Cake de Marc Evans

[3.0]

 

 

Il arrive que des événements inattendus, comme peut l’être un tragique accident de voiture, aient des conséquences tout aussi imprévisibles, permettant d’envisager d’autres possibilités, de nouvelles ouvertures dont les répercussions à leur tour prendront tout leur poids. C’est l’éternelle théorie du hasard et son lot de faits et de rencontres improbables qui est une nouvelle fois convoquée dans Snow Cake, petit film intimiste, concentré sur quelques personnages forts en quête de vérité et d’harmonie.

 

Alex Hugues, quinquagénaire britannique, taciturne et solitaire, est en route pour Winnipeg afin de tourner la page d’un passé douloureux. En chemin, il prend en stop Vivienne, une exubérante jeune fille, tenaillée par le démon de l’écriture et attirée par les inconnus isolés chez qui elle pressent un besoin de communiquer. Les rêves de Vivienne prennent fin au moment exact où un énorme camion percute la voiture de location d’Alex. En état de choc, Alex décide de se rendre chez Linda, la mère de Vivienne pour lui présenter ses excuses et lui expliquer comment les choses se sont passées, pour essayer aussi d’évacuer sa culpabilité. Mais Linda n’est pas une mère comme les autres : autiste, atteinte de troubles obsessionnels très compulsifs, elle ne semble pas manifester le moindre chagrin. Alex s’installe quelques jours chez Linda pour préparer l’enterrement de Vivienne et fait la connaissance de Maggie, la voisine.

 

D’après un scénario écrit par Angela Pell, également écrivain et mère d’un jeune autiste, Snow Cake prend place dans une petite bourgade recouverte de neige, où tout se sait, des étranges comportements de Linda à l’installation d’Alex, des mœurs plutôt libres de Maggie aux inévitables curieux : voisinage fouineur et flic suspicieux. Si le personnage de Linda – formidablement composé par Sigourney Weaver qui n’est jamais dans la caricature ni l’excès – ne change pas, celui d’Alex au contraire va connaître une profonde mutation. Par un cruel ricochet, la disparition de Vivienne entraîne son retour à la vie, sa capacité à exorciser ses propres fantômes et à confesser sa tragédie personnelle en écho parfait de celle de Linda. Snow Cake n’est cependant pas que la trajectoire d’une rédemption annoncée. C’est aussi une ode chaleureuse et humaine au respect et à la différence et Snow Cake interroge ainsi chaque spectateur sur sa perception de l’autre, au sens premier de « pas comme moi ». Les parents de Linda incarnent avec dignité le tendre et protecteur regard porté sur leur fille si particulière dont ils parviennent à (faire) respecter l’étrange comportement : la danse apparemment incongrue de Linda au retour des funérailles de Vivienne n’est-elle pas après tout la manifestation d’un immense désarroi et la tentative d’une communion symbolique avec la défunte ?

 

On regrettera néanmoins que Snow Cake manque parfois de subtilité et, craignant peut-être l’ennui du spectateur, ait éprouvé le besoin d’adjoindre l’histoire parallèle avec Maggie. La sentimentalité excessive et quelque peu invraisemblable qu’elle suggère, avec en point d’orgue la scène au bord du lac nimbé d’un très esthétisant coucher de soleil, laisse aussi penser que la seule Linda ne puisse être le seul déclencheur à la renaissance d’Alex. Cet éparpillement narratif et distractif est le bémol majeur de Snow Cake, dont on apprécie par ailleurs la retenue pudique et l’humanité à fleur de peau.

 

Patrick Braganti

 

Drame britannique, canadien – 1 h 52 – Sortie le 31 Janvier 2007

Avec Alan Rickman, Sigourney Weaver, Carrie-Anne Moss

 

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www.snowcake-lefilm.com