cinéma

Barakat ! de Djamila Sharoui

[3.0]

 

 

Dans les années 90, l’Algérie, trente années après son indépendance, est sous l’emprise du Front islamique du salut qui remporte les élections législatives début 1992 et installe durablement un état où la violence s’accroît avec la multiplication des attentats islamistes, principalement contre les intellectuels et les étrangers, et la négation des droits des femmes cachées derrière leur voile, soumises à l’autorité mâle et religieuse. Triste époque sur laquelle peu de cinéastes, du cru ou d’ailleurs, se sont penchés. C’est pourquoi convient-il en tout premier lieu de saluer le courage de Djamila Sharoui, réalisatrice venue du documentaire.

 

En mettant en scène le parcours de deux femmes parties à la recherche du mari disparu de la plus jeune, Djamila Sharoui propose un film simple et linéaire, aux dialogues assez étriqués, se délayant parfois dans une lenteur ennuyeuse et à peu près vide de sens. Mourad, un journaliste, n’est donc pas rentré depuis deux nuits ce qui provoque l’inquiétude de Amel, médecin, crinière noire ébouriffée et vêtue à l’occidentale. Informée par un voisin garagiste de son probable enlèvement par les islamistes, elle tente de retrouver la trace de Mourad, en compagnie de Khadidja, une collègue d’hôpital plus âgée.

Femmes libres toutes les deux, refusant le joug de la domination masculine, Amel et Khadidja s’affrontent pourtant sur leur approche du problème à régler. La fougueuse Amel s’oppose à l’expérimentée Khadidja. La jeune femme exprime le ras-le-bol d’un pays dévasté et sans espoirs ; la femme d’âge mûr inscrit la situation actuelle qu’elle abhorre tout autant dans une perspective plus large où vient se greffer la guerre de libération, dont elle fut une participante active, lui valant encore des soutiens précieux.

Prisonnières dans un village des montagnes où elles pensaient trouver Mourad, elles sont ensuite libérées, sans leurs chaussures ni leur voiture. Sur le chemin du retour, au milieu de paysages grandioses – la campagne algérienne est verte et vallonnée -, elles croisent un vieil homme, veuf récent, lui aussi à la recherche de ses deux fils au sujet desquels il profère cette phrase terrible : « Je ne sais pas s’ils ont été tués. Ou si ce sont eux qui tuent ». Phrase qui contient tout le film, et résume en filigrane la dichotomie destructrice du pays.

 

Servi par l’interprétation magnifique de ses deux actrices, Barakat !, (Ca suffit en arabe, lancé comme une exhortation ) s’il ne convainc pas entièrement du fait d’une réalisation trop sage et manquant de puissance, n’en demeure pas moins une ode sincère et triste, juste et poétique, à un pays et à ses habitantes frondeuses et courageuses.

 

Patrick Braganti

 

Drame français – 1 h 34 – Sortie 13 Septembre 2006

Avec Rachida Brakni, Fettouma Bouamari, Zahir Bouzezar