musique

Bob Dylan - Modern Times

columbia

[4.0]

 

 

Tout le monde connaît les bonbons Arlequin ? Mais si, vous savez, ces petites douceurs acidulées  qui restent longtemps en bouche, qui se laisse découvrir couche par couche, où chaque strate sucée en présente une encore plus appétissante ?

Hé bien, le nouvel album de Bob Dylan, c’est un peu un bonbon arlequin. Ca n’a rien d’extraordinaire au début. Et au bout de quelques écoutes, on ne peut plus s’en passer. Une petite sucrerie qu’on prend plaisir à laisser fondre jusqu’au bout, sous la langue ou collé au palet.

 

Il faut bien l’avouer : si on avait été ébloui par la classe de Time out of Mind et par le joliment rétro Love & Theft (à la sortie mondiale historique), on n’en espérait pas tant. Plus tant surtout.

Et pourtant, le grand Zim – qui reprend depuis une quinzaine d’années un poil de la bête assez ahurissant, surtout après de telles débâcles eighties – a encore quelques belles mélodies et quelques textes bien sentis dans sa besace de troubadour américain.

Ce Modern Times est dans la droite continuité de ses productions précédentes : joliment troussé, aux textes pertinents et forts (et peu enjoués), avec un groupe au diapason de la légende au micro.

Et si musicalement, l’ambition a disparu (plus de révolution sonore comme en 1965), elle n’en a pas moins laissé place à une sorte de classe innée, qui rend chaque morceau plus attachant écoute après écoutes.


Sorte de mélange réussi de Love & Theft et de Time Out of Time, ce Modern Times n’a de moderne que le nom tant ce disque respire la première moitié du XXè siècle, entre jazz et rockabilly, survolées de quelques touches de jazz manouche, le tout en format 2 couleurs.

A certains moments même, on s’imagine bien plus loin dans le temps. A une époque révolue, faite de plaines désertiques immaculées, simplement peuplées de quelques grandes avenues poussiéreuses, de saloons bruyants et de prisons aux cellules bondées.

On imagine le grand Robert, accoudé à un piano, dans un de ces bars miteux que le far-west collectionnait, coiffé d’un haut de forme, une blonde à la main droite, une bière dans l’autre, devant une assistance clairsemée, peu attentive et braillarde, chantant ses histoires d’amour et de désamour avec cette voix rocailleuse, toujours aussi fausse et pourtant toujours aussi fascinante, l’air vaguement éméché, les yeux dans le vague.

 

Ce disque enquille les merveilles comme d’autres enquillent les chansons insignifiantes. La fin du disque est à ce titre un vrai délice, d’un Workingman's Blues (au piano qui mettrait à genoux le pire cœur de pierre qui existe) à Neetie Moore (où la mélodie et la voix de Bob ne font qu’un).

Et pour finir en beauté, Dylan nous pond un Ain't Talkin' qui n’aurait pas dépareillé sur Blood on the Tracks (ou plutôt sur sa version bootleg enregistré quelques jours avant à NY dont on ne louera jamais assez la qualité). Une chanson d’une beauté et d’une douceur froide, au texte d’une violence inquiétante. Un morceau comme il en a peu écrit (et comme peu d’artistes en ont écrit) ces 20 dernières années.

 

Un titre qui serait une bien belle façon de conclure une carrière (et un nouveau disque) passionnante qui aurait été parfaite sans la décennie maudite (en tout cas pour lui). Et pourtant égoïstement, on ne souhaite qu’une seule chose : continuer encore pendant longtemps à sucer délicatement ce genre de sucrerie…

 

Olivier Combes

 

Tracklist :

01. Thunder On The Mountain

02. Spirit On The Water

03. Rollin' And Tumblin'

04. When The Deal Goes Down

05. Someday Baby

06. Workingman'S Blues 2

07. Beyond The Horizon

08. Nettie Moore

09. The Levee'S Gonna Break

10. Ain'T Talkin'

 

Date de sortie : 28 août 2006

 

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www.bobdylan.com