musique

Sonic Youth - Rather ripped

Geffen/universal

[3.5]

 

 

On ne parvient jamais à dire du mal ou du réellement déceptif de la bande à Thurston Moore, qui a toujours réussi, au fil des ans, à se redire sans jamais vraiment bégayer ; à se ressembler sans tout à fait lasser ou se laisser prendre à ses propres tics. Le respect est inné quand on parle de ces New Yorkais

 

Rather ripped, est le neuvième et dernier album de leur contrat avec Geffen. Il est aussi le premier enregistré en partie après le vol d’une partie de leur matériel de scène quelque part aux États-Unis et après le départ définitif de Jim O’ Rourke en qualité de guitariste.

Et dès les premières notes, on est surpris. Nous qui étions habitués à ces chansons bruitistes où d’un magma de notes émergeait enfin des nappes de guitares organisées, structurées en bataillons soniques venant prendre position dans nos oreilles et possession de notre cerveau –avec un peu moins d’efficacité peut-être au fil des années, c’est sûr- on est surpris dès l’entrée en matière de la qualité presque clinique du son, travaillé jusque dans ses moindres détails.

 

On est également étonnés de retrouver un Sonic Youth de « radio edit versions », concentré sur des mélodies plutôt bien troussées emmenées selon un même schéma constitutif. Un gimmick vocal de Thurston ou Kim, puis une guitare qui vient poser la mélodie, et enfin, la décharge Youthienne qui, comme précisé plus haut, se pare ici d’une production léchée dans ses moindres détails. Les adorateurs d’une méthode Sonic Youth qui tendrait à définir un track des New Yorkais comme un grand chaudron de jam session duquel émergerait soudain un bruit organisé, bible de l’évangile selon Sonic Youth, seront un peu en reste.

 

Cette mécanique de chansons construites et  plus structurées fonctionne parfaitement  sur les sept premiers titres de l’album. Les mélodies sont efficacement troussées, politiques do you believe in rapture, démocratiques : la gratte/voix de Thusrston, la basse/voix de Kim et la guitare de Lee y sont mis en valeur chacun à leur tour. Les pistes 7 à 11 ralentissent ensuite encore le tempo, (et baissant le niveau de génie d’un cran, mais c’est mon avis). Ils laissent l’auditeur et son groupe favori en roue libre, sans engouement ni déception particulière, avec le plaisir en demi teinte de renouer avec la nostalgie. Et pour terminer en mettant tout le monde d’accord, la version française de Rather ripped se conclut par un condensé du son de Sonic Youth à l’ancienne. Helen Lundeberg débute par des voix de studio, et on sent la jam session qui préside à la construction d’un titre plein de bruit, à l’ancienne, qui n’explose jamais vraiment, mais dont ne parvient ni à définir le contour, ni à trouver le moindre défaut.

 

Nouvelle livraison faite de grande réussites et de roue libre, qui prouve que même sans appuyer sur la pédale ni passer les braquets, en changeant de matériel en cours de route et se voyant amputé d’un membre au fil des ascensions de col, Sonic Youth conserve le maillot jaune du rock indé et s’adjuge la victoire haut la main. Sont forts les bougres.

 

Denis Verloes

 

Tracklist :

01. Reena

02. Incinerate

03. Do You Believe In Rapture ?

04. Sleepin' Around

05. What A Waste

06. Jams Run Free

07. Rats

08. Turquoise Boy

09. Lights Out

10. The Neutral

11. Pink Steam

12. Or

13. Helen Lundeberg

 

Durée : 56'31

Date de sortie : mai 2006

 

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