musique

Jean-Louis Murat - Taormina

Scarlett/V2 Music

[3.0]

 

 

Comme Miossec dont on a dit cet été 2006 tout le bien qu’on pensait de  son l’étreinte, on a un peu relâché l’attention pour les nouveaux albums de notre Auvergnat préféré en rock and roll. En fait, on a du le relâcher le mord après l’avoir vu effectuer un numéro calamiteux de provoc’ post punk sur le plateau de je ne sais quelle émission sur Canal + pour illustrer la sortie de son n’ième album paru chez EMI/Labels, selon le principe de "un album tous les six mois". Parce qu’en fait, et tant pis si on se fâche avec une partie du lectorat, depuis le moujik et sa femme on a beaucoup de mal à se dire que les albums de Jean Louis sont parfaits et qu’il n’y a pas de morceaux de gras dans ses récents albums, dont on aimerait se passer. Et dans ses prestations promotionnelles également.

 

Parce que oui, on s’était pris de sympathie pour l’échevelé aux yeux bleus, auteur du fabuleux Mustango. Et qu’on avait du coup d’autant plus de mal à devoir avouer qu’on était pas fans des bird on a poire et consort. Viré (euh non séparé) de chez EMI Jean-Louis Murat abandonne pour un temps son projet bisannuel et trouve refuge chez V2 pour ce Taormina. Pour sa réalisation, il s’est enfermé dans son home studio avec ses musiciens habituels, soit  Stéphane Reynaud et Fred Jimenez à la rythmique, Christophe Pie à la batterie  et use même, pour l’occasion, de l’organe de Laure, sa femme réquisitionnée aux chœurs.

 

Le résultat de cet album de potes réunis à la cool, c’est un vrai retour aux racines folk Muratiennes et du blues américain de Tom Waits, pour n’en citer qu’un. Bien sûr il ne s’agit pas de l’album qui nous donne à entendre un JLM transformé ou explorateur de nouveaux horizons. On reste dans le chemin des poneys balisé jusque là par le bonhomme, explorant son inspiration bucolique et cul-terreuse, plutôt que sa veine de poète automatique de la pop. Et pourtant de cet enregistrement relâché on retient la manière dont sonne la guitare langoureuse et dont caresse la voix apaisée de Jean-Louis, sur des paroles traitant de la vie, de la mort et de choses qu’on ne comprend pas. Du grand art, qui n’a rien à envier au registre américain où il semble s’abreuver, d’autant que son blues à lui, c’est à Taormina en Sicile qu’il est allé le ressasser avant l’écriture de l’album. Et si Taormina n’est pas le chef d’œuvre que la presse musicale francophone tend à nous vendre, il est en tout cas une jolie preuve qu’il faut encore compter avec l’Auvergnat. Avec son petit univers en clair obscur, en aplats de gris. Mieux encore, au travers de l’abscons caillou, par le biais d’accueille moi paysage, par sa manière de jouer de la guitare et par sa façon de l’enregistrer on est persuadés aujourd’hui que JLM en a encore sous le coude et serait encore bien capable, canalisé, de nous pondre l’un ou l’autre chef d’œuvre. Pour ce qui est de Taormina, ce n’est pas encore universel et ça doit encore beaucoup à une affaire de goût personnel. N’empêche, ça aurait pu être carrément pire.

 

Denis Verloes

 

Tracklist :

01. Caillou
02. Le chemin des poneys
03. Taormina
04. Au dedans de moi
05. L'heure du berger
06. Est-ce bien l'amour
07. Maudits
08. La raie manta
09. Billy
10. Demaries

11. Accueille-moi paysage

12. Gengis

 

Date de sortie : 28/08/2006

Durée : 46’ 00’’

 

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www.jlmurat.com

www.taormina.fr