musique

The late great Daniel Johnston. Discovered Covered 1/2

Dualtone Records/Chronowax - 2004

 

 

 

    Il y a au moins quatre bonnes raisons de se procurer ce tribute album.

Une pas objective d’abord : quand on sait que l’objet est une initiative de Mark Linkous de Sparklehorse et vu le crédit musical qu’on lui accorde, il est difficile d’imaginer que l’homme se soit laissé aller à une démarche futile ou intéressée. Et l’écoute de ce double album est rassurante. En l’espace de deux disques, Linkous réussit la gageure de faire découvrir Johnston aux néophytes et rassembler la crème du pop/rock actuel. Teenage Fanclub, Eels, TV on the radio Bright eyes, Dead cab for cutie, Beck, Sparklehorse, Mercury Rev, Vic Chesnutt, Tom Waits et d’autres s’y fendent d’une reprise d’un des titres de sir Daniel. Rien que pour la brochette évoquée,  l’album vaut le coup. Les groupes sus-cités ayant répondu à l’invitation avec une extrême bonne volonté qui offre à l’auditeur des moments musicaux de qualité.

 

    Une raison humanitaire ensuite. Et elle n’est guère plus objective. Il apparaît en effet que Daniel Johnston, cité en référence par de nombreux monstres sacrés du rock tels REM ou Kurt Cobain, auteur l’an dernier d’un inégal fear yourself et d’un Lost and found à paraître, est en posture pour le moins incertaine. Longtemps perclus  de crises psychologiques l’envoyant pour des séjours plus ou moins long en centres spécialisés ; fort d’un statut d’icône maudite et Barrettienne qui réchauffe le cœur mais ne remplit pas forcément le portefeuille, l’homme se trouverait acculé à la banqueroute. Une situation que les musiciens du tribute album ne sauraient tolérer, et qui pourrait poser un cas de conscience à certains amateurs de musique au moment de choisir entre téléchargement pirate et acquisition de l’objet.

 

    Deux raisons musicales enfin, et ce sont les seules véritablement valables.

La première consiste en l’efficacité des versions que nous proposent les différents groupes ou entités présentes sur le volume 1 de ce double album. Tant il est vrai que nous en avons vu de nombreuses des compilations « tribute » où les groupes rassemblés se fendent d’une version très moyenne, pour satisfaire les desseins du compilateur sans les transcender. On a en mémoire une très mauvaise compilation dédiée aux Smiths et un tribute album récent, en l’honneur des Depeche Mode. Ici, les interprétations forcent le respect. Le déchet est quasi inexistant. Chaque artiste ou groupe s’approprie les textes et les mélodies de Johnston. Et plus que de la reprise, on est face à un véritable recueil de nouvelles chansons de ce que la scène indé compte de plus représentatifs. A titre d’exemple particulièrement réussi de cet exercice, portons une oreille attentive au walking the cow façon Tv on the radio, et le blue clouds de Mercury rev qu’on croirait tout droits sortis des derniers albums des sus-cités.

 

    La seconde raison s’impose après l’écoute des deux chapitres de cette histoire musicale. Et dans le choix éclairé d’avoir mis en opposition reprise puis version originale. Rarement tout un chacun aura ainsi pu mettre en confrontation la version de l’auteur et celles des groupes  qui s’en revendiquent. On voit la structure mélodique créée par Johnston et comment  chaque groupe l’arrange à sa patte, pour faire de chaque brouillon johnstonien une grande et belle pop song, riche d’harmonie et colorée au style de chacun des auteurs. Johnston fournit l’ossature brillante, à coups de douleur, de saignements et de sentiments à fleurs de peau qui font trembler les murs de pierre… Il ne reste plus à chacun des performers qu’à transformer ce petit morceau enfanté dans la douleur, les larmes et le cœur en une grande et belle plage rock.

 

    Exercice prouvé par la confrontation, qui démontre aussi et malheureusement pour lui, pourquoi Johnston n’accèdera sans doute jamais à la consécration qu’il mérite, tant les poulains se montrent efficaces dans l’art de la récupération et le prouvent au long de leurs albums respectifs. Challenge compilatoire réussi, qui prouve la qualité d’influence et d’écriture du songwriter autant que son indéniable emprise sur tout le chaudron américain de la musique indépendante.

 

Denis Verloes

 

Tracklist :

CD1

01. "My Life Is Starting Over Again" - Teenage Fanclub w/ Jad Fair
02. "Don't Let The Sun Go Down On Your Grievance" - Clem Snide

03. "Impossible Love" - Gordon Gano
04. “Living life” – Eels

05. “Walking the cow” – Tv On the Radio

06. "Good Morning You" - The Rabbit

07. "Sorry Entertainer" - Calvin Johnson

08. “Devil Town” – Bright eyes

09. “Dream Scream” – Dead cab fo cutie

10. "True Love Will Find You In The End" - Beck
11.  "Go" - Sparklehorse w/ The Flaming Lips

12.  "Blue Clouds" - Mercury Rev

13. "Love Not Dead" – Thrisle

14. "Like A Monkey In The Zoo" - Vic Chesnutt
15. “Dead lovers twisted hearts” – Starlight mints

16. “ Story Of An Artist" - M. Ward

17.  "The Sun Shines Down On Me" - Guster

18."King Kong" - Tom Waits

 

CD 2 

les titres originaux + Rock this town inédit de Daniel Johnston

 

Durée : 72’ 55’ et 59’ 44’’

sortie : 21 septembre 2004

 

Plus+

le label : http://www.dualtone.com

le site de Daniel Johnston : http://www.hihowareyou.com