musique

Herman Düne - Mas Cambios  

track & field/chronowax - 2003

 

 

    Il y en aurait des choses à dire sur ce trio mi-suédois, mi-suisse : un brin baba-cool, une créativité exacerbée, leurs influences nombreuses (de Lou Barlow à Will Oldham, en passant Cat Power, Smog et les Moldy Peaches) et une attitude « nomade » qui les a toujours caractérisés. Pourtant on se contentera d’en dire que les écouter c’est les adopter. Rien de plus ! En effet, quelque chose dans leur musique en fait vraiment un groupe à part, un groupe qu’on a envie de suivre. Et Mas Cambios en est une belle occasion.

 

    Derrière le nom d’Herman Düne se cachent trois frères : André (guitares/chant), David-Ivar (guitares/chant) et Neman  (batterie et parfois au chant). Proches du mouvement anti-folk new-yorkais (Moldy Peaches, Jeffrey Lewis), ils composent à eux trois un univers poétique, bohème et avant tout sans prétention.

Cinq albums à leur actif depuis 1999 et un wagon de side-projects plus tard, le groupe continue à semer ses ballades aux refrains ravageurs et aux guitares glissantes. C’est beau, à la fois délicat et intimiste, un brin triste, mais toujours poétique. La folk-pop qu’ils disséminent est parfois teintée de blues et parle presque toujours d’expériences personnelles (ruptures, amitiés, galères). S’ils ne sont pas explicitement engagés dans une cause précise (hormis le végétarisme), l’ingéniosité qu’ils déploient pour faire vivre leur musique –qui n’a pas de point d’ancrage, pas de label fixe– est en soi une croisade qu’ils tournent à leur avantage. Maîtres de leurs compositions, faites avec peu de moyens mais avec beaucoup de cœur, ils sont dotés d’une capacité de création énorme : si l’on ne compte que 5 véritables albums studios, que dire des tonnes de cdrs et de k7s enregistrés depuis qu’ils ont commencé à faire de la musique il y a de cela une dizaine d’années (ils auraient écrit près de 400 chansons depuis !!) et sont les premiers à revendiquer leur rapidité de composition (mise en boîte comprise) : « Si une compagnie nous paie trois mois en studio sur une île de rêve, on peut faire semblant de mettre du temps. Mais la première prise est toujours la meilleure. On aimerait juste avoir un jour les moyens de se payer plus d'arrangements. » déclaraient-ils le mois dernier dans  Libération.

 

    Mas Cambios a été enregistré durant l’été 2002, à New York (dans un studio de Coney Island plus précisément) et –fait étrangement fortuit- est sorti en même temps qu’un autre album : Mash Concrete Metal Mushrooms, enregistré lui entre Williamsburg et Paris début 2003 (en compagnie de Julie Doiron et du collectif Cerberus Shoal).

Mas Cambios oscille entre souvenirs de ruptures amoureuses sous forme de ballades aussi belles que tristes : The static comes from my broken heart, So not what I wanted, Winners lose et des titres un brin ironiques comme Show me the roof, Red Blue Eyes (aux faux-airs de Bob Dylan) et la perle My friends kill my folks.

Ecouter cet album c’est un peu comme s’embarquer dans une voiture et parcourir quelques centaines de bornes avec le groupe : des paysages défilent tandis qu’on se prend à rêver. La musique des frères Düne a cette particularité, vous faire entrer dans le décor, tout intimiste et mélancolique qu’il soit : le leur. Bizarrement, vous aurez l’impression de rentrer chez vous.

 

Alice