roman

Floc’h et Rivière - Les Chroniques d'Oliver Alban

Éditions Robert Laffont - 230p, 19€

[4.0]

 

 

Hommage à la pop culture pré-rock, Les Chroniques d’Oliver Alban de Floc’h et Rivière s’inscrit dans la lignée anglophile d’une œuvre dont l’axe central pourrait bien être Blitz, exercice parfaitement réussi de mise en abîme, via la bande dessinée, de la résistance anglaise aux bombardements nazis. Abîme dans l’abîme, le vrai faux Oliver Alban (couverture secrète du couple Sturgess/Albany) ne trompe personne : c’est le cheval de Troie à l’intérieur duquel – mal dissimulés – Floc’h et Rivière s’inventent une légitimité de britanniques pur jus ; la porte donnant accès à leurs rêves les plus fous.

 

On les retrouve donc à travers ce personnage sans aspérités, d’un naturel dont la  transparence est une arme car les célébrités s’y contemplent à loisir comme dans un miroir et nous offrent au passage quelques intimités bienvenues : Alcoolisme, homosexualité, misogynie – tout ce qui pouvait échapper en somme aux portraits officiels des rois de la culture anglaise du XXème siècle. Aucune révélation à attendre, là n’est pas le sujet. Ce name-dropping de l’aristocratie culturelle british débouche tout au moins sur l’apologie d’un certain art de vivre, tea time et décoration intérieure (on en frémit d’avance), tout au plus sur une réflexion assez mature quant à la pénétration impossible des arcanes de la création artistique. Entre les deux, sujet central, s’ouvrent, dans une distanciation sans complaisance, les failles et les trous noirs d’existences pas si roses.

 

C’est tout le paradoxe de ces trente-neuf textes, disposés comme autant de marches au podium d’un palmarès populaire – Ian Fleming, Somerset Maugham, Patricia Highsmith, John Gielgud, Alfred Hitchcock, Rex Harrison, Cole Porter, Natalie Wood, Truman Capote, Gilbert and George, Rudyard Kipling, André Maurois ( !), Noël Coward, etc.. Dans un geste plutôt conciliateur, Floc’h et Rivière allient en effet le sujet britannique à la tradition frenchy du style léger. In fine, l’amertume de fond, matériau cette fois anglais, se trouve enrobée dans une dignité formelle propre au matériau français. Inversement de tendance inattendu qui prouve, sinon la conciliation possible des ennemis historiques, la complexité pour le moins jouissive du travail littéraire.

 

Christophe Malléjac

 

Date de publication : 17 août 2006

 

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