roman

Roseline Delacour - Loin de quelque part    

Delphine Montalant- 2004

 

 

 

    Réunis par l’éditrice Delphine Montalant, les travaux de Roseline Delacour et Jean-Philippe Blondel présentent des similitudes dans la description resserrée et efficace des caractères, ainsi que dans la peinture au vitriol acidulé des mœurs modernes.

 

    Pour son premier roman, Roseline Delacour, par ailleurs peintre et photographe, a choisi le recueil de nouvelles. Elles sont au nombre de sept et mettent en scène des personnages meurtris, en proie aux affres de l’amour, aux questionnements existentiels et au doute.

Il y est souvent question d’expositions, de musées, sans doute motivé par la profession de l’auteur. Et plus précisément de la représentation du vide dans l’art. Ce qui est bien sûr hautement symbolique et lourd de sens.

Mais les femmes de ce livre ont aussi en commun un goût immodéré pour les étoiles et les cieux insondables qu’elles aiment explorer à travers des télescopes ou lunettes sophistiqués. Là aussi on peut y noter la symbolisation d’ étudier l’immensité pour connaître son moi intérieur et enfoui.

 

    Le texte de Roseline Delacour est éminemment inscrit dans la réalité, notamment à travers la nouvelle intitulée Un ange qui nous fait partager la dérive de Paul jusqu’à sa clochardisation et son errance à travers les refuges et les dispensaires, s’achevant par la renaissance grâce à la rencontre de l’ Amour.

L’amour avec un grand A est aussi le dénominateur commun des sept histoires, vu comme une rédemption, une croyance et l’ ouverture de possibles.

Malgré la peinture d’un monde froid et impersonnel, Loin de quelque part reste imprégné d’optimisme. Nullement résignée, l’auteur y croit encore à travers ses personnages.

 

    Nous avons affaire à un style d’ écriture sec et dépouillé. Les phrases sont brèves, souvent réduites à un sujet, un verbe et peu d’adjectifs ou d’adverbes. L’emploi continu du présent de l’indicatif ancre la narration dans la réalité palpable. A noter également que chaque phrase est suivie d’un retour à la ligne, découpant le livre en une succession de faits, d’actions ou d ‘impressions. Une écriture extrêmement découpée qui fait du coup à penser à celle d’un story-board.

D’aucuns trouveront ce recueil très mode, très tendance. Dans l’air du temps, quoi. Nous ne sommes pas ici dans une littérature qui privilégierait le style lourd, la formule ou l’exercice de style. La simplicité apparente, d’ailleurs souvent le fruit d’un travail assidu d’ épure et d’élagage, n’exclut en rien le talent.

 

    Au-delà de cette appréciation forcément subjective du travail d’un écrivain, se livrant à l’exercice périlleux du premier ouvrage, on garde durablement en mémoire les histoires fortes et émouvantes que l’auteur nous fait partager avec lucidité et tendresse.

 

Patrick