roman

Nelly Arcan - Folle

Seuil  - 208p, 18€ - 2004

 

 

    

    Folle place son lecteur dans une posture désobligeante - voyeurisme, exaspération, attendrissement ou agacement, la jolie Nelly Arcan ne nous épargne guère ! Pourtant la jeune femme possède un certain talent, sa plume est fraîche, spontanée, dynamique. 

 

    Au lieu de ponctuer son récit de citations de grands auteurs ou autres, non, elle préfère se référer à son grand-père, personnage particulièrement sensé et dont les sages paroles tendent à sauver le discours de la jeune femme de sa propre dérive. Car Nelly Arcan dérange : il y a dans Folle une exacerbation de la provocation et de la grossièreté, un jusqu'au-boutisme proche de l'overdose. Par contre se contre-balance la sincérité d'avoir aimé un homme, très fort, au point d'en devenir folle, surtout depuis leur séparation. Cet amour, forcément, est raconté en langage cru, ne nous épargnant aucun détail de l'ambiance malsaine où elle et son amant usaient de drogues et de pornographie pour atteindre la jouissance, par exemple. La jeune femme s'auto-détruit, se rabaisse à n'être qu'une "pute" (cf sujet de son premier livre).

 

    Dans Folle Nelly Arcan va finalement chercher à comprendre sa folie amoureuse par cet homme, ce Français. Mais aussi elle va s'attarder à son travail d'écriture, sur ses sentiments de jalousie et du silence qui a étouffé son couple. Très belle analyse, de cet point de vue là, d'une liaison capotée, d'un amour naufragé. Un livre qui prend la forme d'une lettre, d'un testament avant de se donner la mort, pense-t-elle. Avant d'avoir trente ans, comme convenu. Alors cette lettre, qu'on se permet de lire sans qu'elle nous soit adressée, attise amour et haine. Mais, paraît-il, "le talent peut écœurer" écrit-elle. Probablement. Et cela explique sans doute pourquoi la lecture de Folle est si ambivalente. 

 

Stéphanie Verlingue

 

Date de parution : août 2004

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