roman

Marc Vilrouge - Le Livre Impossible

Le Dilettante - 96p, 12€

[4.0]

 

 

Le livre est posé là sur la table, et je le regarde intimidé, mince promesse de 80 pages en gros caractères et pourtant je n’ose pas vraiment le regarder en face ce livre, il y a des raisons, il y tellement de raisons, de la douleur, des phrases au cordeau…


Marc Vilrouge était entre la vie et la mort au moment de la parution de ce problématique livre impossible, il est mort le 15 janvier 2007 et me voilà devant ce mince volume comme devant une bouteille à la mer plein de perplexité et avec des nœuds dans l’estomac, l’inspiration en berne et un peu gêné aux entournures. Quand l’inspiration nous quitte, enfin quand elle semble nous quitter (elle n’a peut-être jamais existée qu’à l’état de désire) que faire ? Allez s’en jeter un au troquet du coin ? Tourner autour de la table, autour du livre en espérant très fort ?

 

Le livre de Marc Vilrouge est impossible car il y est question de choses impossibles à regarder sereinement pour quiconque tente d’écrire à quelque niveau que ce soit . Il y est question de cette fameuse inspiration, des écueils de l’autofiction et de la quasi-impossibilité de découdre le tissu de son âme sur le papier.. Comment écrire lorsque que l’on s’est mis volontairement en dehors du monde ? Comment écrire quand on est hors du lien ? Comment écrire à partir d’une existence de plus en plus vide et étrange où le grain à moudre se fait de plus en plus rare ? L’existence de notre héros en creux (de Marc Vilrouge ?) n’est faite que de longue plage d’inaction où il ne vie plus vraiment, où semble seulement exister un corps à la recherche de substances vitales. Vaporeuses partouzes entre garçons indistincts, grosse consommation de cocaïne… dérive vers des drogues moins coûteuses et plus encombrantes (GHB la drogue du violeur), état latent suicidaire, hôpital psychiatrique, récifs de l’autofiction !

« Quand écriras – tu un joli livre, dit un jour sa mère à Flavien. Un roman que pourrait lire mémé ? » Pour fuir tout ça Marc Vilrouge (Son héros ?) rejoint sa famille, il a besoin d’écrire sur sa famille... Mais il se heurte à son incapacité d’écrire ce lien là aussi, sur l’impossible confrontation entre les mots crus et le réel de cette famille là.. Alors il ne reste que ce qu’il est, il ne reste que ce qu’il vie parcimonieusement. Terrifiante solitude, il n’écrit plus que l’aridité de cette solitude, une infime matière concassée avec pour unique possibilité l’espoir de donner voix aux esprits en espérant que le monde ne s'écarte pas trop, sinon…

 

L’autofiction serait avant tout de la fiction ou un récif trop réel où l’on se déchire ? Je ne sais pas trop je n’ai pas les compétences nécessaires pour juger vraiment. En tous les cas, on n’est peut-être pas fait pour un seul moi. On a bien tort de se tenir à un seul moi….
Ce que je sais par contre ce que je discerne maintenant parfaitement, c’est que Marc Vilrouge était un écrivain, un vrai, il avait 36 ans, lisez le merci pour lui. 

 

Philippe Louche

 

Date de parution : 03/01/2007

 

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