roman

Jean-Luc Bizien - Marie Joly   1/2

Editions Sabine Wespieser - 2004

 

 

 

    D’ici quelques jours sera commémoré avec faste et souci affiché de bonne entente entre le Nouveau Monde et la vieille Europe le soixantième anniversaire du débarquement sur les plages normandes près de Caen qui vit la libération progressive de la France. Les livres et les films n’ont pas manqué sur cet événement primordial baptisé « le jour le plus long ».

 

    L’action de Marie Joly se situe à la même époque et presque au même endroit, à quelques dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres. Nous abordons la grande histoire, celle des manuels et des hommages par le biais d’une histoire individuelle, particulière et originale à plus d’un titre.

Contrairement à ce que laisse penser le titre, ce n’est pas de Marie Joly dont il est ici question, mais de Cécile : une jeune dentiste caennaise volontaire et déterminée. D’abord à aller retrouver son mari Pierre, médecin réquisitionné dans un camp du nord du pays, en bravant barrages et angoisses. Ensuite à fuir la ville en proie aux bombardements incessants en recherchant une maison isolée et tranquille. Cette maison, elle la découvre un beau matin, en tombe sur le champ amoureuse, l’acquiert et y emménage avec sa mère malade et le fils d’un collègue de Pierre. C’est un endroit magique, retiré, presque protégé des vicissitudes de la guerre. Un endroit qu’ un homme fou d’amour pour sa compagne actrice, une certaine Marie Joly, avait acheté au siècle dernier pour y réfugier sa passion et en faire le tombeau de sa bien-aimée.

Hélas, même dans cet endroit apparemment préservé, la guerre finit par rattraper Cécile et les siens. La belle demeure, devenue entre-temps une arche de Noé pour des amis ou des connaissances, est réquisitionnée par l’ occupant allemand avec lequel il faut cohabiter et partager des denrées de plus en plus rares. Le salut ne réside plus que dans  l’espoir de l’arrivée des alliés. Et lorsque ceux-ci arriveront, les souffrances et désillusions de Cécile n’en seront pas pour autant terminés.

 

    Jean-Luc Bizien, auteur de romans policiers et d’ ouvrages pour la jeunesse, a réussi un portrait magnifique d’une femme non-conformiste et battante, remplie de courage et de volonté, refusant la capitulation et voulant croire sans cesse à des jours meilleurs. Alors que son destin repose essentiellement sur la réussite du débarquement, celui-ci n’est jamais évoqué directement. La distance pourtant réduite – géographiquement parlant - entre la maison de Cécile et le théâtre des opérations apparaît ici presque insurmontable.

En partageant l’histoire de Cécile, reviennent fugacement à l’esprit deux autres héros, de cinéma cette fois : Odile, l’institutrice et sa parenthèse amoureuse pendant le même conflit (Emmanuelle Béart dans Les égarés de Téchiné) et Benigni dans La vie est belle. En effet, on retrouve cette capacité merveilleuse chez Cécile à inventer continuellement des jeux et des divertissements pour les trois jeunes enfants qu’elle abrite sous son toit.

 

    Cependant nul besoin de comparaison pour apprécier à juste titre la personnalité extraordinaire de cette femme qui en fait une vraie héroïne de roman. Un beau roman, très narratif, à l’écriture limpide et coulante, qui fait exister sans misérabilisme ni fausse candeur quelques vies pas si ordinaires à côté d’un événement majeur.

 

Patrick

 

Les éditions Sabine Wespieser se sont dotées récemment d’un site : www.swediteur.com