roman

Dominique Périchon - Motus    

Le dilettante - 192 p, 14.50 € - 2004

 

 

    

    Pas parler, pas bouger ! Tel est le mot d’ordre imposé pour tout ventriloque qui se respecte. Quant à l’autre, celui qu’on appelle "monsieur machin", lui peut y aller franco, sortir tout ce qu’il veut et tout ce qui peut, surtout si ça fait rire une assemblée de vieillards plutôt blasés ! Comprenez alors pourquoi notre artiste sans grade, notre héros parlant du ventre n’a pas la pêche. Pourquoi il se sent d’humeur si morose, lui qui est condamné à faire rire le premier retraité venu.

    Dans son premier roman, Dominique Périchon, jeune auteur d’à peine 40 ans, nous dévoile les coulisses, un peu tristounettes, de ces artistes qui partent sur de gros paquebots le temps d'une croisière (sans doute bon marché) avec pour mission de divertir au mieux les plaisanciers. Ici sur "la Belle", en pleine traversée de la Méditerranée, l'auteur nous livre les états d’âme d’un ventriloque plein de mélancolie, le tout avec une verve sans retenue, à l’opposé de ce qu'est son personnage.

    Dans ce drôle de voyage sans but et sans espoir, cet homme cantonné au mutisme, qui essaie de faire vivre sa marionnette tant bien que mal n’a décidément pas le beau rôle. et autour de lui, c’est guère mieux : un imitateur qui n’imite plus grand chose, un magicien à qui il ne reste plus grand tour dan son sac et une chanteuse oubliée de tous ou presque. Rien que ça.

Et au fil des pages, on découvre un univers de l’ombre et de la solitude, duquel des artistes ratés vivotent au jour le jour ou parfois pètent les plombs.

 

    Avec ces quelques personnages à la ramasse, loin du strass et des paillettes, Dominique Périchon, de sa plume aiguisée et mordante, dresse un portrait de groupe captivant et touchant. Avec un ton détaché, un style enlevé et bien à lui, il réussit à redonner un peu de force à ces saltimbanques de la mer . 

Sans lyrisme, sans patos, ni réelle méchanceté, Dominique Périchon nous montre des personnes pour lesquelles on sent une vraie compassion, une forme de respect... tout simplement. 

 

Benoît Richard

 

Date de parution : septembre 2004 

 

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