roman

Jean-François Patricola - Salam Shalom 1/2

Editions A Contrario - 2004

 

 

   

    Le logo de cette toute jeune maison d’éditions bourguignonne est constitué de deux arbres longilignes comme des cyprès, un petit et un grand et leur proximité affichée se veut aux dires mêmes de l’éditeur Jean-Pierre Maurice et du directeur littéraire Matthieu Baumier le symbole de la différence et d’un goût pour l’opposition des contraires. Belle ambition de leur part que de publier des romans, des nouvelles et des essais mais aussi une conséquente revue La Sœur de l’Ange dont le dénominateur commun est « la confrontation et la complémentarité des contradictoires ».

 

    Passé ce préambule de présentation, il apparaît logique que le dernier roman de Jean-François Patricola soit publié chez A contrario tant l’idée maîtresse qui le régit semble en totale osmose avec celles développées chez l’éditeur. En effet, dans ce court roman qui s’apparente d’ailleurs à une allégorie ou une fable, Patricola impose le dialogue forcé par une savoureuse ironie entre un Palestinien et un Israélien, figures tristement notoires de l’opposition et de l’impossible conciliation. Cette drôle de circonstance qui provoque un rapprochement si ténu qu’il fonde les deux en un est la greffe du cœur palestinien dans le corps israélien. La mort et le don d’organe de l’un entraînent la survie de l’autre, transformé et interrogatif car possesseur de l’organe fondamental qui permet de vivre, mais surtout de ressentir. Et de poser comme postulat inévitable la « nécessité inéluctable de la paix entre les deux peuples ». Laquelle nécessité, cela va de soi et transparaît dans un épilogue universaliste, dépasse largement le cas du conflit proche-oriental présenté dans ce roman.

 

    Un roman lyrique et soutenu par une langue riche et incantatoire, truffé de références que le commun des mortels ne possédera pas forcément. Il faudra alors accepter de ne pas entièrement comprendre les réflexions philosophiques des deux hommes tour à tour. Peu importe que toutes les clefs ne nous soient pas ici livrées, car l’impérieux besoin de vivre ensemble, de se côtoyer et d’aller vers un avenir enfin serein ressort avec lucidité et force des lignes douloureuses et profondes de ce récit exigeant et indispensable.

 

    Point besoin de long discours, de traités ou d’études dilatoires. En un peu moins de quatre-vingt pages, Patricola homme d’engagements, touche-à-tout inspiré, fondateur d’une revue littéraire puis de maisons d’éditions, poète et traducteur d’italien, signe un roman âpre, mû par l’optimisme volontaire de croire en la possible paix entre les hommes. C’est ce qui lui confère cette dimension incroyable, imprimant chez son lecteur dérouté mais conquis un souvenir durable.

 

Patrick

 

Editions A contrario

13 rue Lamartine

71250 Cluny

Tél : 03 85 59 33 77

 

Le premier numéro de La Sœur de l’Ange s’interroge sur A quoi bon l’art ?, en installant tout au long de ses 370 pages une démocratie textuelle, par le juxtaposition de pensées de tous bords, souvent contradictoires, qui permettent au lecteur de se forger un avis et de développer son esprit critique.