roman

Eric Holder - Les sentiers délicats

Éditions Le Dilettante - 160p, 13.50€ - 2005

[1.0]

 

 

    Il est particulièrement bienvenu ou opportuniste – c’est selon – qu’un livre, recueil de huit nouvelles, qui se propose de nous emmener sur des sentiers délicats, ni trop battus ni trop balisés, soit publié chez Le Dilettante. Un petit bouquin à déguster à l’ombre d’un chêne vautré dans sa chaise longue, l’esprit prêt au vagabondage et à l’évasion.

Eric Holder, auteur prolifique, environ un ouvrage par année depuis vingt ans, - Nouvelles du Nord fut son premier livre - nous promène sur les méandres de ses chemins buissonniers à pied, camion, moto, train, voiture, en France, mais aussi au Québec pour y partager des moments de la vie de ses personnages.

 

    Ainsi la première et plus longue nouvelle intitulée L’échappée belle – de loin la plus réussie – narre les années adolescentes d’un jeune homme fou de littérature, ami d’André un charpentier de marine qui l’initie aux grands auteurs – André avait tout lu , sauf le reste qui est littérature. Un beau jour, il taille la route pour rejoindre un pote à Paris et l’Afghanistan – nous sommes en 1975 , le pays est perçu comme un Eldorado dont les pépites auraient été spirituelles. Sur les routes du Sud, il croise Marc un globe-trotter solitaire, puis est embauché chez un viticulteur pour les vendanges. Il y fait la connaissance d’Isabelle qui lui prédit : « Tu seras écrivain, et je serai ta muse. Tu écumeras Paris et tu me retrouveras. » Qu’importe que ce vœu ne se réalise jamais ni celui de l’escapade afghane, l’échappée du jeune narrateur – Holder, lui-même ? – lui a ouvert de nouveaux horizons, lui a laissé entrevoir d’autres possibilités.

 

    On pense alors que l’ouvrage sera dédié à la nécessité d’aller voir toujours ailleurs, de prendre périodiquement la poudre d’escampette, histoire de mesurer l’état du monde et d’y faire quelques belles rencontres.

C’est beaucoup moins évident pour les sept nouvelles suivantes dont le sens nous échappe quelque peu. Des fragments de vie si ténus que le fil semble se rompre, si abscons qu’ils provoquent chez le lecteur stupeur et égarement. Les états d’âme d’un camionneur sur les départementales auvergnates, le plaidoyer lyrique d’un motard, les élucubrations oiseuses de deux anglais dans un train, le pèlerinage de Jean (Rolin)  infatigable marcheur ne nous captivent guère et nous laissent sur notre faim.

 

    L’écriture est ici poétique et douce, toujours sensuelle, mais ne résiste pas à l’utilisation intempestive et tellement à la mode de noms propres – syndrome Delerm fils. Cela ne suffit pas à faire un bon bouquin. Nous sommes à la marge, on ne rentre pas dedans, pour tout dire on se fout pas mal de toutes ces histoires, ces errances, ces souvenirs.

La recette Holder ne marche pas à tous les coups : malgré de bons ingrédients, le plat qui n’a pas mijoté suffisamment se révèle sans goût, presque indigeste.

 

Patrick Braganti

 

Date de parution : janvier 2005

 

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