En 1907, la disparition inexpliquée d’une enfant bouleverse la France entière. En s’emparant de ce fait divers oublié, Pierre-Étienne Musson signe avec La Disparue du boulevard Voltaire un polar historique haletant, qui mêle enquête et reconstitution minutieuse du Paris de la Belle Époque.

Les disparitions d’enfants et les enlèvements en tous genres nourrissent la littérature, classique comme de genre, depuis ses origines ou presque. On se souvient encore du formidable Au printemps des monstres de Philippe Jaenada, paru en 2022, qui revenait sur une affaire ancienne à travers une enquête minutieuse, réexaminant les faits pour démontrer qu’une grave erreur judiciaire avait été commise.
Ici, il n’est pas question de remettre en cause la vérité judiciaire, mais de revenir sur un fait divers qui défraya la chronique. Un fait divers qui nous ramène au début du XXᵉ siècle, plus précisément au 31 janvier 1907. Ce jour-là, la petite Marthe Hengelberg, âgée de douze ans, disparaît après avoir échappé à la surveillance d’Albert Solian, un ami de ses parents qui l’avait emmenée assister à un spectacle à Ba-ta-clan. Durant la représentation, la fillette se rend aux toilettes… et ne revient jamais à sa place. Malgré ses recherches désespérées sur le boulevard Voltaire et dans les rues environnantes, impossible pour l’homme de retrouver Marthe. C’est le cœur lourd que la famille se résout à prévenir la police.
L’enquête est confiée au commissaire Georges Hacquart. Commence alors une traque méthodique dans le Paris des années 1900, pour ce qui deviendra une affaire au retentissement national. Le journal Le Petit Parisien joue un rôle central dans cette médiatisation, relayant le fait divers pendant plusieurs jours sous la plume du journaliste Arsène Ruffian. Celui-ci révèle notamment l’existence d’un mystérieux homme aux chaussettes jaunes, aperçu quelques jours plus tôt suivant Marthe et sa sœur à la sortie de l’école.
S’emparer d’un fait divers oublié pour en faire un polar est un exercice auquel de nombreux romanciers se sont essayés, avec plus ou moins de réussite. Dans le cas de Pierre-Étienne Musson, on peut dire que le jeu en valait la chandelle. À partir d’une histoire en apparence banale, l’auteur construit un récit haletant, un polar historique particulièrement addictif, porté par une intrigue dense et maîtrisée. Il nous replonge dans ce Paris du début du siècle, marqué par la misère sociale et la violence des bandes, notamment celles des Apaches, qui terrorisent la population.
Très vite, le lecteur se trouve immergé dans cette affaire nébuleuse, dans une vie parisienne finement restituée, au cœur d’un pays dirigé par le président Armand Fallières et par le célèbre préfet de police Louis Lépine. Une affaire dont les répercussions dépasseront largement le cadre judiciaire pour prendre une dimension politique. La France est alors en plein débat sur l’abolition de la peine de mort, sur le point d’être votée. L’émotion populaire suscitée par cette disparition contraindra le président à repousser le projet, au point que la question ne redeviendra d’actualité qu’avec l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1981.
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Benoit RICHARD
