Walter Trout – Sign of The Times : l’album blues de l’année 2025 ?

Walter Trout est l’un des plus éminents bluesmen en activité et est plus essentiel que jamais. La cuvée 2025 est particulièrement goûteuse et comprend certains des morceaux les plus marquants de son abondante discographie.

Walter Trout

Il est grand temps de réparer une injustice. Nous n’avons jamais parlé de Walter Trout. Et ce récent disque datant de septembre 2025 est également passé sous le radar. Profitons donc des congés de fin d’année pour nous rattraper, et rendre justice à cet immense guitariste qui est le bluesman le plus régulier depuis au moins une décennie.

Sign of the TimesTrout a 74 ans, et a déjà une longue carrière derrière lui : il a notamment joué avec les Blues Breakers de John Mayall, Canned Heat ou avec John Lee Hooker, et il sort des disques sous son nom depuis plus de 35 ans. Influencé à la foi par Gary Moore et Roy Buchanan, Trout s’en différencie pourtant par l’absence de solos à rallonge. Là où certains de ses congénères peuvent se perdre et fatiguer tout le monde avec une guitare envahissante dans des compositions destinées à leur permettre de faire étalage de leur technique, la Fender de Walter Trout est au service des morceaux, les magnifie, mais en les laissant vivre. Trout a subi une transplantation rénale en 2013 qui a failli le laisser sur le carreau, et est depuis plus que prolifique, l’idée de sa fin possible lui ayant donné l’envie de tout offrir. Ainsi, depuis le bien nommé Battle Scars en 2013, Trout est sur une série de sept albums, qu’il a sortis régulièrement tous les 18 mois, tous excellents. Survivor Blues en 2019 est le meilleur, avec le fabuleux titre emblématique Me, My Guitar and The Blues, mais ce Sign of The Times de 2025 vaut également la peine d’être écouté…

Pas de surprise bien sûr, nous retrouvons le cocktail habituel de gros blues rock – qui peuvent lorgner sur le hard rock -, des compositions Classic rock que Tom Petty dont aurait pu être l’auteur, et surtout de blues lents dans lesquels il est particulièrement efficace, sa guitare aérienne y étant mise en valeur.

Artificial démarre l’album dans un style hard rock 70’s a la Humble Pie très réjouissant :  « I can’t tell what’s real anymore » y clame-t-il, en patriarche revenu de tout qui ne reconnaît pas le monde actuel et le développement de l’IA. Il ne faudra pas louper la version live qui promet d’être brutale. Blood on My Pillow calme ensuite le jeu, merveilleux blues dont les paroles écrites par sa femme Marie abordent le thème usuel des cœurs brisés. La chanson titre Sign of The Times renoue avec le hard rock, les chœurs évoquent un chant tribal dans ce titre empli d’une rage guère contenue. Walter est en guerre, mais c’est avec la ballade Mona Lisa Smile qu’il va montrer pourquoi il nous est indispensable. Qui dans le monde formaté du blues rock est capable de ce joyau, pour le coup assez inédit dans sa discographie ? Violon, mandoline (formidable Stevie Blacke), accordéon, guitare acoustique et mélodie stellaire, c’est une splendeur, et un message d’amour poignant pour son épouse.

Walter Trout est en pleine forme, revenu de ses démons, sobre et concentré sur sa musique : « I don’t want to hurt nobody / I dont what to hurt myself anymore ». La déclaration est limpide. Morceau totalement classic rock assumé, Hurt No More permet à Trout de jouer son solo le plus original de l’album. No Strings Attached est très ancré dans les années 70, on croirait entendre Jimi Hendrix accompagner Led Zeppelin. I Remember est quant à lui le titre le plus apaisé de l’album, et Walter se la joue nostalgique des périodes où tout était possible et simple. Notons le piano de Teddy Andreadis, mais Trout a à son service un groupe de tueurs, et Jon Avila à la basse et Michael Leasure à la batterie sont également excellents.

Hightech Woman est un boogie plutôt commun, qui ressemble à un pastiche,² et qui a peut-être déjà été entendu trop souvent, mais la qualité du groupe fait là encore la différence. Le genre qui pullule sur les albums de blues rock, efficace mais entendu. Et pourtant, même dans ce registre, Walter Trout arrive à se démarquer. Too Bad est le calme avant la tempête : harmonica, guitare acoustique, hommage aux grands anciens du blues, Buddy Guy et Muddy Waters, il permet de reprendre son souffle avant l’estocade finale qu’est Struggle To Believe, violent, sale et explosif. La guitare hurle, la batterie explose, c’est totalement jouissif : la conclusion parfaite d’un album épatant.

Laurent Fegly

Walter Trout – Sign of The Times
Label : Provogue
Date de sortie : 5 septembre 2025

 

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