Great Lake Swimmers – Caught Light : Ontario Dreamin’

Institution canadienne, les Great Lake Swimmers sortent avec Caught Light leur album le plus direct et accessible, sans céder pour autant aux sirènes commerciales. Une évolution qui pourrait leur permettre d’élargir leur public.

Great Lake Swimmers - Caught Light
D.R.

Cela fait plus de 20 ans que les Great Lake Swimmers ont sorti leur premier album. Enregistré dans un silo abandonné dans l’Ontario, il a installé sur la carte de l’Americana le nom de Tony Dekker, de fait le seul maître à bord du navire. Approche minimaliste, quelques notes de basse, mais surtout Dekker s’accompagnant à la guitare avec beaucoup d’écho sur des titres aux paroles boudeuses, il y avait des points communs avec un Jason Molina période Songs: Ohia.

Caught LightAprès un Bodies and Minds qui a creusé le même sillon en 2005, Ongiata en 2007 a vu Dekker ouvrir son folk en utilisant des cordes, un groupe au grand complet et globalement des arrangements plus soyeux. Tony Dekker est venu présenter fin 2023 son récent album Uncertain Country à la Boule Noire et nous y avions redécouvert un musicien sympathique et ouvert, à la tête d’un groupe très compétent, et jouant une musique nettement plus joyeuse que dans nos souvenirs, dans une lignée Tom Petty / R.E.M / Neil Young qui forcément appuie sur une corde sensible.

Le petit dernier, Caught Light, vient de sortir, et nous sommes là encore en terrain connu. Enregistré en trois jours et mixé en deux, le disque est forcément plus direct que son prédécesseur, qui avait pris trois ans du fait de la pandémie. Il démarre par un One More Dance Around The Sun effectivement assez lumineux, et qui confirme que le groupe évolue maintenant sur un terrain country rock, avec ce côté pastoral qui le distingue de la masse de groupes américains sur le même créneau. Le groupe se nourrit d’un héritage musical américain avec The Band ou les Byrds en influences majeures (ou les Jayhawks, plus récemment), mais avec une touche canadienne évidente. Le côté uniforme de leur musique et également l’aspect un peu lisse peuvent même faire penser à l’évolution d’un Teenage Fanclub si l’on peut les comparer avec un groupe européen. Pour situer le côté 70’s revendiqué par Dekker, il a fait écouter le Bless The Weather de John Martyn à ses musiciens avant l’enregistrement. Le son, plus chaud que sur les disques précédents, est dû au choix pour la première fois d’un producteur externe, Darcy Yates. Yates a été le bassiste du groupe à la fin des années 90, ce qui permet à Dekker de laisser les clés à quelqu’un maitrisant parfaitement sa vision.

The Great Lake Swimmers est à son meilleur sur la chanson-titre Caught Light, superbe ballade qui rappelle ses débuts, comme si Dekker rejouait son premier album avec un groupe au grand complet. Le solo de guitare à la fin du morceau n’est pas si fréquent dans la discographie du groupe, et donne sa singularité à un titre qui sera à coup sûr l’un des sommets des futurs concerts. Signalons la qualité des musiciens, Jim Bowskill en premier lieu qui assure à la fois la basse, la mandoline et la pedal-steel, ce qui n’est pas rien dans ce style de musique. Steve O’Connor remplace parfaitement aux claviers Kelsey McNulty qui officiait sur le disque précédent. Wrong, Wrong, Wrong pourrait quant à elle avoir été composée par Wilco.

For You to Come Around et Running Out Of Time auraient pu être candidates à des passages radios réguliers dans les années 70. Autre titre marquant par l’utilisation d’un banjo et de violons, The Fledging Jay séduit de la même façon.

Et puis il y a le premier single, Youth Not Wasted, superbe mélodie avec des paroles répondant au fameux « Youth is wasted on the young » (Les jeunes gaspillent leur jeunesse) d’Oscar Wilde. Au contraire, Tony Dekker ne l’a pas gaspillée. Toutes ses expériences passées en ont fait le musicien qu’il est devenu, et cela vaut pour le groupe aussi, puisant dans son histoire pour arriver à ce qu’il est aujourd’hui.

Globalement, la subtilité des arrangements, les guitares qui carillonnent et la voix de Tony Dekker emportent la mise. Si l’auditeur peut avoir de temps en temps l’envie que le groupe renverse la table et renonce à ce confort d’écoute, il n’en reste pas moins que Caught Light devrait renforcer leur statut à domicile.

Cela sera-t-il suffisant pour sortir les Great Lake Swimmers de leur relatif anonymat en France? Le groupe s’est en tout cas donné les moyens de faire de leur prochaine tournée européenne un succès, une date en France étant prévue en Mai.

Laurent Fegly

Great Lake Swimmers – Caught Light
Label : Pheromone Recordings
Date de sortie : 10 octobre 2025

 

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