Avant de nous attaquer aux livres de la nouvelle année, revenons sur un très bon roman noir à côté duquel nous avons failli passer. Le Sang des collines de l’Anglais Scott Preston peut rappeler, dans ses meilleurs moments, l’âpreté de certains romans de Cormac McCarthy.

Les collines du titre du premier roman de Scott Preston sont celles du nord-ouest de l’Angleterre. La Cumbrie, l’une des régions les moins densément peuplées du pays, est le théâtre de l’histoire racontée par Steve Eliman, un chauffeur routier de retour de la petite ferme familiale où son père vieillissant tente de faire face à l’épidémie de fièvre aphteuse qui touche son cheptel de moutons. Les bêtes sont bientôt abattues par les autorités et le ciel de la Cumbrie se teinte de la fumée noire qui accompagne l’abattage et l’incinération de la plupart des moutons de la région. Le Sang des collines commence donc avec cet événement bien réel (l’abattage en 2001 des troupeaux de près de neuf cents fermes de cette région) et donne le ton d’un livre brutal et rugueux.
Pour survivre, Steve n’a alors d’autre choix que de se mettre au service de William Herne, un éleveur voisin, un homme dur et taiseux, marié à Helen que Steve connaît depuis l’enfance. Mais William s’est associé à des hommes peu fréquentables et Steve va vite se retrouver mêlé à de sombres projets, alors même que ses sentiments pour Helen ressurgissent.

On l’aura compris, Scott Preston nous entraîne dans un monde rural très réaliste (l’écrivain connaît à l’évidence parfaitement son sujet), un réalisme qui n’oblitère pour autant jamais le romanesque. Vol de troupeau, courses-poursuites dans une nature sauvage, rivalités masculines, amours contrariées, bagarres, Scott Preston n’oublie rien de ce qui constitue le cœur de son entreprise romanesque. Son récit nous plonge donc dans un univers très dur, très violent qui, comme le signale fort justement la quatrième de couverture, évoque par endroits celui de l’immense et regretté Cormac McCarthy. A l’instar de l’écrivain américain, Scott Preston évoque un paysage rude, qu’il décrit avec précision et poésie. Ces collines, ces landes souvent balayées par un vent glacial ne sont pas ici qu’un simple décor. Elles sont quasiment le terreau de la brutalité qui s’exerce en permanence et dont Steve est tour à tour le témoin, la victime ou l’acteur. En évoquant le quotidien de ces éleveurs, le romancier nous donne à lire toute la difficulté mais aussi tous les sacrifices qu’exige une telle profession. Il nous permet aussi de saisir toute la douleur que constitue l’abattage d’un troupeau entier et donc le désespoir dans lequel ces hommes et femmes sont plongés après une telle tragédie. Les événements violents qui s’enchaînent ensuite et qui constituent la trame du livre participent à l’enfermement du personnage.
Dès le départ, Steve semble prisonnier de cette Cumbrie, ou irrémédiablement lié à elle, presque malgré lui. Ce lien qu’il entretient avec cette terre est équivoque : si l’on perçoit souvent son attachement presque viscéral pour ces collines, on ressent aussi par moments un violent rejet, mais qui n’est que passager. Le réalisme noir qui imprègne Le Sang de collines a donc bien à voir avec la tragédie dans le sens où Steve se débat face à des forces (intérieures et extérieures) qui le dépassent totalement.
On ressort finalement de cette lecture impressionné par la maîtrise et la maturité de ce jeune romancier qui s’impose d’emblée comme l’un des grands espoirs de la littérature britannique.
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Grégory Seyer
