L’excellent collectif SAULT continue de nous abreuver en délicieuses sorties. Chapter 1, dernière surprise en date, fait la part belle à une musique majoritairement instrumentale pleine de groove où soul, funk et rock viennent croiser les mantras vocaux de la divine Cleo. Du petit lait.

Si le mystère autour de SAULT a fini par s’amenuiser au fil de l’exposition médiatique de ses têtes pensantes Inflo (production) et Cleo Sol (voix), le collectif britannique parvient à cultiver le secret via des sorties surprises, toujours reçues avec beaucoup de curiosité et un certain plaisir. Il faut dire que le groupe s’est bâti une solide réputation sur une discographie protéiforme jusqu’ici sans faille, mêlant soul, funk et expérimentations sonores de grande qualité.
Chapter 1 ne fait pas défaut et s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs. On retrouve ce fameux groove organique porté par des lignes de basse à tomber, des rythmes simples pour des compositions sobres mais efficaces, sophistiquées mais pas alambiquées où viennent se lover les douces vocalises de Cleo. Good Things Will Come After the Pressure en est un exemple assez évident. La recette est maitrisée, connue, récitée à la perfection. On ne change pas une formule gagnante alors ? Un peu quand même, si.
Parti pris artistique : l’album fait de la partie instrumentale son centre névralgique. La plupart des morceaux s’étirent en de longues plages contemplatives où la voix, quand elle apparait, fait office de mégaphone liturgique répétant à l’envi des phrases-slogans, des mantras très spirituels et/ou introspectifs qui finissent par se fondre dans la texture sonore plutôt que de guider un récit. D’emblée, God, Protect Me from My Ennemies plonge directement dans cette ambiance processionnelle, immersive.
Et pour s’éviter le piège de la linéarité mélodique, Inflo et ses copains (Jack Peñate mais aussi le légendaire duo R&B old school Jimmy Jam & Terry Lewis sont de la partie) ont la bonne idée d’aller également puiser dans le registre bluesy-rock psyché sur Chapter 1 ou l’excellent et électrique Love Does Not Equal Pain et d’apporter une louche d’envolées de cordes ci et là donnant un vernis vintage délicieux pour Fulfil Your Spirit et Create Your Prophecy que l’on croirait tous deux sortis de Melody Nelson.
Aucune fausse note à l’horizon, tout s’enchaine à la perfection et est d’une homogénéité inébranlable. Le très chaleureux Don’t Worry About What You Can’t Control puis le funky soul mignon Puppet viennent finir le tableau en beauté dans un registre plus commun mais tout aussi appréciable. Du petit lait.
Ce disque est une nouvelle pierre à un édifice déjà tant louable. Le collectif continue de vivre, d’évoluer, de proposer une matière sonore riche, à la fois contemporaine et profondément attachée à son histoire. Sans vouloir tout révolutionner ou se démarquer, juste pour le plaisir de faire de la musique. Et c’est cet état d’esprit et cette qualité qui rend SAULT si attachant et l’un des projets les plus fascinants de la scène soul d’aujourd’hui.
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Alexandre De Freitas
