Enregistré à Los Angeles dans le studio 5150 d’Eddie Van Halen, le nouvel album d’Alter Bridge est une réussite qui devrait fournir au groupe son lot d’hymnes fédérateurs pour sa très prochaine tournée européenne.

Ce début d’année musical est décidément très morose, et il ne va pas réussir à compenser une actualité internationale affreuse. Peu de sorties marquantes, si ce n’est l’album de Dry Cleaning, quinze jours d’attente avant les premiers concerts intéressants, et en prime la mort de Bob Weir, il est compliqué ce mois de janvier… C’est l’occasion pour nous de parler d’un genre que nous abordons peu : le Métal. L’un de ses plus illustres représentants du XXIe siècle, Alter Bridge, a en effet profité de ce marasme pour sortir son 8e album, et son écoute nous a bien fait plaisir, un bonheur simple et sans fioriture dont nous avions besoin!
Alter Bridge comprend 3 des membres de Creed qui ont monté ce nouveau groupe sans leur chanteur Scott Stapp : Le batteur Scott Phillips, le bassiste Brian Marshall, mais surtout le guitariste virtuose Mark Tremonti. Ce type a fait partie des classements de meilleur guitariste de heavy métal de tous les temps, et le solo de Blackbird (2009) a carrément été nommé meilleur solo de l’histoire. Bref, il en impose. Pour accompagner ces pointures, il fallait trouver un chanteur d’exception, et Myles Kennedy en est un, avec une voix jamais forcée qui peut balayer 4 octaves. il est surtout capable d’être aussi à l’aise sur du hard rock classique que sur des ballades acoustiques bluesy. Le tout forme un incontournable du Heavy Metal depuis One Day Remains sorti en 2004, dans un style alliant riffs surpuissants et mélodies, pour un mélange éminemment américain. La section rythmique est à la fois précise et surpuissante, mais c’est le duo Kennedy/Tremonti qui impressionne. Kennedy est également un excellent guitariste, et Tremonti l’accompagne régulièrement au chant, grâce à la confiance que lui a donné le succès de ses albums solo. Très radio friendly donc, mais avec une énergie incontestable.
Ce nouvel album s’intitule sobrement Alter Bridge. Le caractère éponyme du titre pour des groupes établis est généralement synonyme de nouveau départ. Rien de cela ici. Il faut plutôt entendre une profession de foi d’un combo qui marque son territoire. De fait, cet album est le plus proche du son que les fans attendent, une synthèse parfaite des qualités qu’on leur connaît (mais aussi de leurs défauts diront leurs détracteurs, certains refrains très stadium rock pouvant ne pas contenter tout le monde).
L’intro de Silent Divide est dans le pur trash Old School, avant que la voix claire caractéristique de Kennedy ne refasse basculer le titre dans du Classic Alter Bridge, solo supersonique de Tremonti inclus. Déjà dans les setlists des concerts de fin 2025, il sera probablement joué lors des deux dates françaises du groupe (Lyon et Paris) dans un mois. L’album part globalement très fort puisque Rue the Day, et surtout Power Down, sont du même tonneau et combleront les fans à défaut d’être follement originaux. What Lies Within va rejoindre la liste des chansons dispensables du groupe, mais la ballade traditionnelle Hang By A Thread est plutôt réussie, sans valoir Blackbird malheureusement. Tremonti va se charger du chant sur Trust in Me avec Kennedy dans les chœurs, les rôles s’inversant sur le très heavy Tested and Able. Le mélange de leurs deux voix rappelle les arrangements d’Alice in Chains dans un style moins grunge.
Au milieu du disque, une certaine uniformisation se fait sentir. Heureusement Alter Bridge va sortir de sa zone de confort avec Scales Are Falling, dont le refrain a des réminiscences par instant du Turbo Lover de Judas Priest, et surtout Slave to Master, un ambitieux et très réussi morceau de plus de 9 minutes qui détonne dans leur discographie. Le titre démarre comme une nouvelle ballade, mais va se transformer en un monstre progressif que n’aurait pas renié Dream Theater, sans la virtuosité gratuite qui peut rendre ces derniers pénibles. Les paroles alertent contre les dangers de l’IA : « Hold on Tight / The new machine has left us out to dry » (Accroche‑toi / La nouvelle machine nous a laissés tomber). « It’s out of control / So where do we go ? » s’inquiète Miles Kennedy avant que Tremonti ne se fende d’un solo qui restera sans conteste parmi ses plus poignants. Cette thématique va probablement devenir omniprésente dans les années qui viennent, mais nous pouvons remercier les Alter Bridge d’inscrire leurs paroles dans le monde moderne.
Ce disque, malgré ses quelques temps faibles, est clairement la première réussite du genre en 2026.
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Laurent Fegly
