Le talent de l’auteur transalpin Sandro Veronesi n’est plus à démontrer. Il signe avec Septembre noir un merveilleux roman sur la fin de l’enfance confrontée à la brutalité du monde des adultes. Le pouvoir d’évocation de ces petits bonheurs simples qui constituent le sel de l’enfance rend le protagoniste de Septembre noir terriblement attachant.

Luigi Bellandi, professeur et traducteur, se remémore l’été 1972 de ses douze ans, année qui a provoqué un séisme dans sa vie. Tout se passe en Toscane, où il grandit entouré d’une mère irlandaise à la beauté stupéfiante, d’un père toscan avocat à Florence et de sa petite sœur Gilda. Chaque été, la famille loue une maison sur la côte, à Fiumetto, où il retrouve ses copains d’une année sur l’autre.
À douze ans, il est encore partagé entre ses jeux d’enfant qu’il rechigne à abandonner, son amour inconditionnel pour les exploits sportifs des Italiens et son intérêt nouveau pour la musique, la littérature et la plus jolie fille de la plage, Astel Raimondi. Sandro Veronesi donne ainsi la parole à Luigi, qui replonge dans les souvenirs et les sensations que vivait le jeune Gigio qu’il était alors.
Le lecteur accompagne avec joie Gigio dans cet été 72, été des découvertes, des apprentissages et de la confrontation au monde adulte. Les petits riens qui émaillent l’enfance et les saisons sont criants de vérité.
Septembre noir fait référence au groupe armé qui a terrorisé le monde entier lors des Jeux olympiques de Munich, prenant en otage la délégation israélienne avec l’issue que l’on connait. Mais pour Gigio, son Septembre noir sera plus intime. Il signifiera aussi la fin d’une ère. N’en disons pas plus pour vous laisser le plaisir de plonger dans l’Italie des années 70.
Sandro Veronesi réussit brillamment à transmettre le plaisir des découvertes musicales et le regard de plus en plus acéré qu’ont les adolescents sur les failles de leurs parents. Septembre noir n’est pas un roman larmoyant, dans lequel le héros pleure sur son enfance perdue, perclus de nostalgie. C’est un roman solaire, qui transmet les petites joies qui font l’enfance, les atermoiements, les doutes et l’innocence encore tenace que l’on peut éprouver à l’adolescence.
Septembre noir aussi un roman sur la fin de l’enfance, quand l’enfant n’est plus et réalise que ses parents ne sont pas les super héros qu’il se figurait, mais des personnes capables de trébucher et de se tromper.
Sandro Veronesi mène son intrigue d’une main de maître, la catastrophe est vite annoncée mais reste mystérieuse jusque tard dans le récit. Une réussite.
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Caroline Martin
