« Les Explorateurs », de Iegor Gran : de bons vieux souvenirs de lycée

Dans Les Explorateurs, Iegor Gran revient sur son année de seconde, au tout début des années 80. Il y raconte comment l’imaginaire débridé de quelques adolescents leur a servi d’échappatoire face à la monotonie des cours. Un roman réjouissant, plein de malice et de nostalgie.

Iegor-Gran
Iegor-Gran. Photo : John Foley / P.O.L

Ces derniers temps, la littérature semble affectionner les récits intimes, qu’il s’agisse de revenir sur la vie des parents ou des grands-parents, ou de replonger dans les souvenirs de jeunesse. Un terrain exploré récemment par Fabrice Caro dans Les derniers jours de l’apesanteur. Dans un registre quelque peu différent mais tout aussi léger et jubilatoire, Iegor Gran s’inscrit dans cette veine avec Les Explorateurs, un roman qui nous ramène au début des années 80, quand l’auteur était classe de seconde, au lycée Marie-Curie de Sceaux.

les-explorateursL’auteur et quelques camarades de classe se persuadent que leurs professeurs sont en réalité manipulés par des extraterrestres venus de la planète Zugul, une hypothèse alimentée par les propos abscons de Monsieur Robic, le professeur de mathématiques, qui fait souvent référence à cette planète inconnue. À force d’observations minutieuses et d’interprétations délirantes, les lycéens élaborent peu à peu une théorie complète, consignée chaque jour dans un cahier « top secret » soigneusement dissimulé dans un livre de la bibliothèque du lycée. Un monde parallèle prend forme peu à peu, bien plus excitant que les cours monotones des profs.

Iegor Gran confirme ici son goût prononcé pour l’ironie et la satire. Il dresse une galerie de professeurs assez singuliers qu’attachants, prétextes à tous les délires de nos adolescents. Plutôt que d’écouter religieusement les leçons, les élèves préfèrent nourrir leur imaginaire, quitte à basculer dans des délires aussi absurdes que savoureux.

Le roman est aussi traversé par une dimension plus intime. Fils d’un dissident soviétique – figure déjà évoquée dans ses précédents livres comme Les Services compétents  – le narrateur attire l’attention d’Annie, une jolie camarade de classe, passionnée de… communisme. Entre l’écoute de Pink Floyd et des discussions idéologiques parfois contradictoires, il tente de se rapprocher de cette jeune passionaria, non sans mettre de côté la réalité plus sombre du passé de son père et les années passées au goulag.

Les Explorateurs offre ainsi l’occasion de se replonger dans les années 80, à travers les souvenirs encore très vifs de l’auteur. Le roman rappelle, en filigrane, combien les relations entre élèves et professeurs étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui. Les réseaux sociaux et les téléphones portables n’existaient pas, et l’imaginaire de ces adolescents en manque de sensations fortes pouvait fonctionner à plein régime.

Drôle, malin et écrit dans une langue singulière, le roman laisse transparaître le plaisir évident qu’a pris Iegor Gran à revisiter cette année scolaire 1979-1980, avec tendresse  et une réjouissante liberté de ton.

Benoit RICHARD

Les Explorateurs
Roman de de Iegor Gran
Editeur : POL
240 pages, 20 €
Date de parution : 2 janvier 2026

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